Deep House
House · 1985 · 115 à 125 BPM
Larry Heard pose en 1986 avec Can You Feel It la formule que le monde entier appellera deep house : accords tenus de synthétiseur jazzy, basse souple, batterie discrète, mélancolie douce. C'est une house d'écoute autant que de danse, introspective, harmoniquement riche. New York et le New Jersey l'habillent de voix, Chicago la garde instrumentale, et elle irrigue depuis quarante ans tout ce que la house a de sensible.
16 morceaux de référence
- Mr. Fingers : Mystery of Love (1985)
- Mr. Fingers : Can You Feel It (1986)
- M1 : Stars (Light mix) (1992)
- Progetto Tribale : Bongo Midi (1992)
- Moodymann : Black Mahogani (2004)
- Kerri Chandler : Bar A Thym (1998)
- Chaos In The CBD : Intimate Fantasy (2022)
- Hessian (6), LAR (2), Keepa : One Last Touch (2025)
- Chicane : The Sleepless Year / Freefall (Beatless Mixes) (2025)
- Open House & Placid Angels : Rainforest (1992)
- Zerb & Rita Ora : If It's Not Love (2026)
- Eric Luttrell : LOVE (2026)
- Kerri Chandler : On My Way
- Theo Parrish : Paradise Architects
- Modjo : Acknowledgement
- Theo Parrish : Heal Yourself And Move
Fiche technique
- Tempo : 115 à 125 BPM
- Apparition : vers 1985
- Machines : Roland Juno-60, Roland Juno-106, Fender Rhodes, Roland TR-909, Roland SH-101
- Le son : Roland Juno-60 en nappes, Rhodes et accords septième, Roland TR-909 feutrée, Basse SH-101
- Labels : Alleviated Records, Prescription, Mule Musiq, Local Talk, Freerange, Guidance
- Artistes clés : Larry Heard, Ron Trent, Chez Damier, Kerri Chandler, Moodymann, Theo Parrish
Produire ce style
Un cours écrit pour SONAA, en français, à partir des sources citées : un point de départ, pas une recette.
Tempo et groove
Vise 118 à 123 BPM, jamais plus vite. C'est une house qui prend son temps, et le feel est souple, presque lent pour l'oreille malgré le tempo. Swing modéré sur les hats (54 à 56 %), kick droit, accords souvent en léger retard sur le temps, de 10 à 20 ms, ce qui donne l'effet « en arrière ». Les accords tenus sur une ou deux mesures complètes ralentissent la perception. Le morceau doit pouvoir passer en fin de nuit ou à la maison. Là où Chicago « jack », la deep house flotte : chaque élément est un peu moins fort, un peu moins net, et la batterie se retire derrière l'harmonie.
La rythmique
La 909 feutrée : kick avec le decay court et une atténuation vers 4 kHz pour enlever le clic, snare 909 remplacée par un clap doux ou un rim, hats fermés en doubles croches à faible vélocité (60 à 80), ouvert discret sur les contretemps. Souvent un kick 808 plus rond à la place. Ajoute un shaker ou une conga très bas dans le mix pour le mouvement. Pas de fills spectaculaires : une coupure de hats pendant une mesure suffit. La batterie complète tient dans 30 % du mix ; si tu l'entends avant les accords, elle est trop forte. Vérifie que rien ne claque : la deep house est une musique de sustain, pas de transitoires.
La basse
Une basse SH-101 ou équivalent (Analog, Cloud SH-101, TAL-BassLine) en dent de scie ou en carré, filtre à 200 à 400 Hz, un peu de glide entre les notes. La ligne est mélodique : elle suit les accords mais avec des notes de passage, des septièmes et des neuvièmes, comme un bassiste jazz. Rythme en croches avec des silences, ou noires pointées, jamais les doubles croches serrées. Sur Can You Feel It, la basse est presque une seconde mélodie qui dialogue avec les accords. Laisse-la respirer : une ligne de 2 mesures avec deux notes tenues et trois notes de passage suffit. Sidechain très léger avec le kick, juste pour clarifier le bas.
Les sons
Le cœur, c'est l'accord : Juno-60 ou Juno-106 avec chorus, en accords mineurs 7, majeurs 7 et 9, tenus ou plaqués en syncope, avec un filtre qui s'ouvre lentement sur 16 mesures. Un Rhodes (Electric dans Ableton, ou un sample de Mark I) joue les mêmes accords avec des voicings ouverts et un trémolo lent. Une nappe de cordes très en arrière. Des touches de piano acoustique en réponse. Les voix sont rares, murmurées ou parlées, ou une phrase de gospel samplée et étouffée. Effets signature : chorus analogique, delay en noires pointées avec feedback bas, réverbe longue mais filtrée au-dessus de 6 kHz pour qu'elle ne brille pas. Tout est doux, un peu voilé, jamais brillant.
L’arrangement
Pas de drop, pas de montée de bruit blanc. Intro de 32 mesures avec kick, hats et un accord tenu qui s'ouvre au filtre. Les éléments s'ajoutent un à un tous les 16 mesures : basse, Rhodes, shaker, voix. Le morceau atteint sa plénitude vers la moitié, puis un break de 16 mesures retire le kick et laisse les accords et la voix, sans tension, comme une respiration. Le retour est doux, parfois seulement le kick sans les hats. Durée 6 à 9 minutes, avec une outro qui retire les éléments dans l'ordre inverse. La progression harmonique peut moduler une fois, vers le relatif majeur, pour le dernier tiers. La règle : la piste doit être belle à n'importe quelle minute prise au hasard.
Le mix
Un mix chaud et enveloppant, avec le grave et les bas-médiums pleins. Les accords occupent 200 Hz à 2 kHz, la basse 60 à 200, le kick 50 à 80 avec peu d'attaque. Ne creuse pas les bas-médiums, c'est là que vit le style. Compression douce partout, ratios de 2:1, attaques lentes, et une saturation de bande sur le bus (Saturator, ou un plugin de bande comme Satin ou le Tape d'Ableton) pour arrondir. La réverbe est le liant : un seul retour, hall long, filtré passe-bas à 5 kHz, envoyé sur accords, Rhodes et voix. Le master n'est pas fort : -10 à -12 LUFS, avec de la dynamique. Coupe le haut au-dessus de 15 kHz si ça brille trop.
Les plugins et machines
- Roland Juno-60 (machine) : Basse, accords et mélodie de Can You Feel It sortent d'un seul Juno-60, avec son chorus ; TAL-U-NO-LX ou Arturia Jun-6 V pour la version logicielle.
- Roland TR-909 (machine) : L'autre moitié du studio de Larry Heard en 1984 ; en deep house on la feutre : decay court, clic atténué vers 4 kHz, hats à basse vélocité.
- Fender Rhodes Mark I (materiel) : Les accords de septième et de neuvième en voicings ouverts avec trémolo lent ; Electric dans Ableton ou Spectrasonics Keyscape pour un Rhodes échantillonné.
- Roland SH-101 (machine) : La basse monophonique mélodique avec glide, filtre entre 200 et 400 Hz ; Roland Cloud SH-101 ou TAL-BassLine-101 la remplacent dans le DAW.
- Roland Juno-106 (machine) : Le successeur du Juno-60 pour les nappes tenues en accords mineurs 7, filtre qui s'ouvre sur 16 mesures, chorus enclenché.
- u-he Diva (plugin) : Synthé analogique modélisé que les producteurs deep house actuels prennent pour les accords Juno et les basses rondes quand ils veulent plus qu'une émulation stricte.
- u-he Satin (plugin) : Saturation de bande sur le bus pour arrondir tout le mix, à la place d'un magnétophone ; le cours propose Satin ou Saturator pour ce rôle.
Pour commencer
- Projet à 120 BPM, kit 909 adouci (kick sans clic, clap doux, hats à vélocité basse avec 55 % de swing), tout à volume bas.
- Écris une progression de deux ou quatre accords mineurs 7 et majeurs 9 sur 8 mesures, joués au Juno avec chorus, tenus sur des mesures entières.
- Double les accords au Rhodes avec des voicings ouverts et un trémolo lent, puis ouvre le filtre du Juno en automation sur 16 mesures.
- Écris une basse SH-101 en croches avec silences qui dialogue avec les accords, en ajoutant des notes de passage.
- Étale sur 8 minutes en ajoutant un élément toutes les 16 mesures et un break sans kick au milieu.
- Mixe chaud : bas-médiums pleins, une seule réverbe longue filtrée, saturation de bande sur le bus, master à -11 LUFS.
À écouter en travaillant
- Mr. Fingers : Can You Feel It (1986) : les accords de Juno tenus qui s'ouvrent sur une basse mélodique, toute la grammaire deep house en une piste.
- Mr. Fingers : Mystery of Love (1985) : la basse comme deuxième mélodie et la batterie qui reste en retrait derrière l'harmonie.
- Kerri Chandler : Bar A Thym (1998) : le kick chaud et rond typique de Kerri, et un accord répété jusqu'à l'hypnose.
- Moodymann : Black Mahogani (2004) : la deep house de Detroit, samples de soul et batterie sale, mixée comme un disque de jazz.
Sources : Connaissances générales · Vice, Larry Heard Talks Us Through the Making of Can You Feel It · Roland Articles, Sound Behind the Song: Can You Feel It · Output, Best Plugins for House Music
La filiation
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A donné
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Deep House ?
Larry Heard pose en 1986 avec Can You Feel It la formule que le monde entier appellera deep house : accords tenus de synthétiseur jazzy, basse souple, batterie discrète, mélancolie douce. C'est une house d'écoute autant que de danse, introspective, harmoniquement riche. New York et le New Jersey…
À quel tempo joue-t-on le Deep House ?
Entre 115 et 125 BPM. Vise 118 à 123 BPM, jamais plus vite. C'est une house qui prend son temps, et le feel est souple, presque lent pour l'oreille malgré le tempo. Swing modéré sur les hats (54 à 56 %), kick droit, accords souvent en léger retard sur le…
Quels sont les artistes clés du Deep House ?
Larry Heard, Ron Trent, Chez Damier, Kerri Chandler, Moodymann, Theo Parrish.
Avec quoi produit-on du Deep House ?
Roland Juno-60, Roland Juno-106, Fender Rhodes, Roland TR-909, Roland SH-101, Fender Rhodes Mark I, u-he Diva, u-he Satin.