Trip-Hop
Downtempo · 1991 · 80 à 100 BPM · aussi appelé Trip Hop, Abstract Hip Hop
Bristol, 1991-1995 : le hip-hop ralenti sous la pluie anglaise, basses dub, voix soul fantomatiques, mélancolie de béton. Massive Attack ouvre, Portishead grave le canon, Tricky brouille tout. Le mot, inventé par la presse, agace ses acteurs depuis toujours ; la musique, elle, a défini les années 1990 au point d'en devenir le cliché puis, de nouveau, le trésor.
18 morceaux de référence
- Massive Attack : Unfinished Sympathy (1991)
- Portishead : Glory Box (1994)
- Tricky : Aftermath (1994)
- Sneaker Pimps : 6 Underground (1996)
- Morcheeba : Trigger Hippie (1996)
- Sevdaliza : Habibi (2020)
- Tricky feat. Oh Land : Fall Please (2020)
- DJ Shadow : The Number Song (Cut Chemist Party Mix) (2021)
- Massive Attack X Tom Waits : Boots On The Ground (2026)
- Massive Attack : Angel (1998)
- Massive Attack : Risingson (1997)
- Massive Attack : Inertia Creeps (1998)
- Portishead : Roads (1994)
- Massive Attack : Dissolved Girl
- Portishead : Mysterons
- Portishead : All Mine
- Portishead : Strangers
- Portishead : Wandering Star
Fiche technique
- Tempo : 80 à 100 BPM
- Apparition : vers 1991
- Machines : Akai S1000, Akai MPC60, Platines vinyle, Fender Rhodes
- Le son : Breaks ralentis poussiéreux, Basses dub, Scratches atmosphériques, Voix féminines soul
- Labels : Go! Beat, Circa, Invada, Wild Bunch, 4th & B'way, CD Club
- Artistes clés : Massive Attack, Portishead, Tricky, Morcheeba, Sneaker Pimps
Produire ce style
Un cours écrit pour SONAA, en français, à partir des sources citées : un point de départ, pas une recette.
Tempo et groove
Descends encore : 65 à 90 BPM, avec un feel de hip-hop ralenti. Ce qui change par rapport au downtempo, c'est la lourdeur : le trip-hop ne swingue pas pour plaire, il traîne. Garde un swing modéré, 55 à 58 %, mais joue sur le retard : décale la caisse claire de 15 à 25 ms après le temps, elle semble tomber comme une chose lourde. Le kick reste sur la grille. Beaucoup de morceaux sont écrits en demi-temps sur un tempo de 140 à 170, ce qui est la même chose que 70 à 85 avec la snare sur le 3. Une bonne astuce : programme à 90 BPM, puis ralentis à 82 sans warper les samples, pour que les breaks se voilent.
La rythmique
Le break de batterie ralenti est le centre. Prends un break funk ou soul, ralentis-le de 15 à 30 % sans time-stretch propre : le pitch descend, le son s'assombrit, c'est voulu. Un sampleur 12 bits comme l'Akai S1000 faisait ce travail seul, aujourd'hui Redux ou un bitcrusher à 12 bits et 26 kHz font la même chose. Filtre le break à 8 kHz. Pose par-dessus un kick lourd et une snare sèche avec beaucoup de réverbération à plaque, qui claque sur le 3 uniquement. Peu de charleys programmés : ceux du break suffisent. Ajoute des scratches atmosphériques, pas rythmiques : un vinyle qui frotte, une phrase coupée. Les percussions sont rares et espacées, une conga ou une cymbale inversée toutes les 4 mesures.
La basse
La basse est dub, plus grosse et plus sombre que dans le downtempo : elle descend sous 50 Hz et occupe presque tout le bas. Basse électrique jouée avec le pouce ou synthé à onde sinus avec une saturation à lampe, filtre passe-bas à 200 Hz, release long de 500 ms à 1 s. Elle joue des notes tenues, blanches et rondes, souvent en tonique et septième mineure, avec un silence sur le 1 d'une mesure sur deux, ce qui fait respirer le sound system. Elle tombe parfois sur le temps où le kick n'est pas, comme dans le dub. Pas de sidechain : le kick et la basse se superposent et c'est cette masse qu'on cherche. Compresse fort, ratio 4:1, pour que le niveau ne bouge pas.
Les sons
Le Rhodes est là, mais plus froid, avec un phaser lent. Ce qui distingue le trip-hop, c'est la voix féminine soul, fragile, chantée près du micro, noyée dans une plate longue de 3 à 4 secondes et un delay de noire. Les samples sont cinématographiques : cordes de films d'espionnage, orgue, theremin, thème de John Barry ralenti. Portishead a poussé le geste jusqu'à presser des parties sur vinyle pour les scratcher ensuite : tu peux imiter cela avec Vinyl Distortion et un bruit de sillon en boucle. Guitare tremolo façon western, mélodica, un piano voilé. Tout passe par un passe-haut à 100 Hz et un passe-bas à 10 kHz pour laisser le bas à la basse et le haut au bruit.
L’arrangement
Le trip-hop est une chanson autant qu'une piste : 4 à 6 minutes, couplet, refrain, pont, mais tout ralenti. Le beat n'apparaît souvent qu'après 8 mesures d'ambiance, un sample seul, une voix a capella ou un scratch. Le refrain n'est pas plus fort : il est plus dense, avec les cordes et la basse qui descend d'une octave. Le pont, vers les deux tiers, coupe le beat et laisse la voix avec le Rhodes et la réverbération. Finis en fondu sur le break seul avec le vinyle qui craque. Les changements sont lents, toutes les 16 mesures, et la mélancolie vient de la répétition : un accord mineur qui revient sans jamais se résoudre.
Le mix
Le mix est sombre, bas-médium chargé, avec le haut du spectre voilé. Le break passe dans une saturation de bande ou un bitcrusher léger, et le bus batterie est compressé lourdement, ratio 4:1, attaque 10 ms, pour que la snare respire dans la réverbération. La basse et le kick prennent tout l'espace sous 150 Hz, tout le reste est coupé à 150 ou 200 Hz. La voix est en avant, avec une compression douce et un de-esser, mais sa réverbération est très longue et arrive un peu en retard, pré-delay 40 ms. Le master reste dynamique, moins 12 LUFS, et un peu de bruit de fond est bienvenu : le silence trop propre casse l'illusion. Vérifie sur un casque : c'est là que le genre s'écoute.
Les plugins et machines
- Akai S1000 (machine) : Le sampleur offert à Geoff Barrow par Massive Attack : un break ralenti dedans perd du haut et gagne du grain. Ableton Redux imite ce voile.
- Akai MPC60 (machine) : Les breaks funk ralentis de 15 à 30 % joués aux pads, en 12 bits, avec le swing qui traîne. Une MPC One fait le même travail.
- Technics SL-1200 et vinyle (materiel) : Platine pour digger les samples et scratcher des phrases coupées. Portishead pressait ses propres parties sur vinyle pour les scratcher ensuite.
- Ableton Redux (plugin) : Bitcrusher réglé à 12 bits et 26 kHz sur le break pour retrouver la définition d'un sampleur de 1990 sans en acheter un.
- iZotope Vinyl (plugin) : Gratuit : craquements, poussière et wow sur le sample cinématographique. Ableton Vinyl Distortion joue le même rôle avec un bruit de sillon.
- Fender Rhodes (materiel) : Plus froid qu'en downtempo, avec un phaser lent, en accords tenus sous la voix. Keyscape ou Lounge Lizard en logiciel.
- Valhalla Plate (plugin) : Plate de 3 à 4 secondes avec pré-delay de 40 ms sur la voix féminine, ce qui la fait flotter derrière le beat.
- Atari 1040 ST et Cubase (daw) : Le séquenceur d'époque qui pilotait le S1000 en MIDI, avec enregistrement sur Alesis ADAT. Ableton ou Logic aujourd'hui, avec les mêmes samples.
Pour commencer
- Trouve un break de batterie funk et ralentis-le de 20 % sans time-stretch, puis passe-le dans Redux à 12 bits pour le voiler.
- Pose une basse sinusoïdale saturée en notes tenues, tonique et septième mineure, avec un silence sur le 1 une mesure sur deux.
- Ajoute un sample cinématographique, cordes ou orgue, coupé en 2 mesures et pitché vers le bas.
- Enregistre ou sample une voix féminine chantée doucement, et envoie-la dans une plate de 3 secondes avec pré-delay de 40 ms.
- Écris la structure comme une chanson lente : intro d'ambiance, couplet, refrain plus dense, pont sans beat.
- Mixe sombre : coupe tout à 150 Hz sauf kick et basse, compresse le break fort, garde le master à moins 12 LUFS.
À écouter en travaillant
- Massive Attack : Unfinished Sympathy (1991) : la voix soul et les cordes réelles au-dessus d'un break ralenti, le modèle de la chanson trip-hop.
- Portishead : Glory Box (1994) : le sample d'Isaac Hayes ralenti, la guitare tremolo et la voix cassée dans la réverbération.
- Tricky : Aftermath (1994) : la basse qui traîne, le beat presque absent et la voix murmurée au plus près du micro.
- Sneaker Pimps : 6 Underground (1996) : le sample de John Barry, le break sec et la structure pop sur un tempo de 80.
Sources : connaissances générales · Reverb.com (Making Portishead's Dummy) · MusicRadar (Unpacking the dark, sample-based sound of trip-hop) · Gearspace
La filiation
Vient de
A donné
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Trip-Hop ?
Bristol, 1991-1995 : le hip-hop ralenti sous la pluie anglaise, basses dub, voix soul fantomatiques, mélancolie de béton. Massive Attack ouvre, Portishead grave le canon, Tricky brouille tout. Le mot, inventé par la presse, agace ses acteurs depuis toujours ; la musique, elle, a défini les années…
À quel tempo joue-t-on le Trip-Hop ?
Entre 80 et 100 BPM. Descends encore : 65 à 90 BPM, avec un feel de hip-hop ralenti. Ce qui change par rapport au downtempo, c'est la lourdeur : le trip-hop ne swingue pas pour plaire, il traîne. Garde un swing modéré, 55 à 58 %, mais joue sur le retard :…
Quels sont les artistes clés du Trip-Hop ?
Massive Attack, Portishead, Tricky, Morcheeba, Sneaker Pimps.
Avec quoi produit-on du Trip-Hop ?
Akai S1000, Akai MPC60, Platines vinyle, Fender Rhodes, Technics SL-1200 et vinyle, Ableton Redux, iZotope Vinyl, Valhalla Plate, Atari 1040 ST et Cubase.