Glitch
Ambient · 1995 · 90 à 140 BPM · aussi appelé Glitch Music, Clicks and Cuts, Microsound
L'erreur promue matériau : CD qui sautent, buffers qui bégaient, clics et artefacts numériques composés. Oval ouvre la voie au début des années 1990 en peignant sur des CD, Fennesz y ajoute la mélodie, Alva Noto la rigueur. Le glitch a infusé partout, de la pop (post-Vespertine) au sound design publicitaire, preuve que l'accident se domestique.
14 morceaux de référence
- Oval : Do While (1995)
- Aphex Twin : Windowlicker (1999)
- Fennesz : Endless Summer (2001)
- Ryoji Ikeda : Data.Matrix (2005)
- Alva Noto : Uni Acronym (2011)
- Fennesz : In My Room (2019)
- Oval : Improg (2020)
- Alva Noto : HYbr:ID Oval P-Dance (2021)
- Fennesz : Before I Leave
- Aphex Twin : Peek 824545201
- Autechre : Pen Expers
- Fennesz : Happy Audio
- Tim Hecker : The Piano Drop
- Fennesz : Got to Move On
Fiche technique
- Tempo : 90 à 140 BPM
- Apparition : vers 1995
- Machines : Max/MSP, Native Instruments Reaktor, Ordinateur, Granulateur
- Le son : CD préparés et skips, Max/MSP et DSP, Granulation, Artefacts de compression
- Labels : Raster-Noton, Touch, Mille Plateaux, Editions Mego, Raster, Mego
- Artistes clés : Oval, Fennesz, Alva Noto, Ryoji Ikeda, Pole (versant dub)
Produire ce style
Un cours écrit pour SONAA, en français, à partir des sources citées : un point de départ, pas une recette.
Tempo et groove
Deux pôles opposés. Sans tempo chez Oval et Fennesz, où les artefacts flottent sur des nappes ; tempo strict et rigide chez Alva Noto et Ryoji Ikeda, 120 à 130 BPM, avec des clics quantifiés au sample près. Dans les deux cas, la durée d'un buffer devient un tempo : un fragment répété toutes les 20 ms donne une hauteur de 50 Hz, répété toutes les 200 ms il donne un rythme. C'est la porosité entre rythme et pitch qui fait le genre. Aucun swing, aucune humanisation : le feel est sec, numérique, exact. Choisis ton pôle avant de commencer, mélodie noyée ou grille de laboratoire. Un morceau de Raster-Noton se programme à la triple croche et à la quadruple croche.
La rythmique
Les percussions sont des erreurs : clics de 1 ms, bursts de bruit blanc de 3 à 5 ms, sinus de 10 ms, sauts de CD, bégaiements de buffer. Pour les fabriquer : Beat Repeat en grille 1/64 avec un decay court, Buffer Shuffler, resampling d'un stutter, un Grain Delay avec un spray élevé. Oval peignait sur des CD pour qu'ils sautent : aujourd'hui, un sample coupé en boucles de 30 à 100 ms sans crossfade fait pareil. Le kick, s'il y en a un, est une sinus de 50 Hz de 20 ms. Chez Alva Noto, le pattern est minimal, quatre ou cinq clics sur une mesure, et chaque clic a sa fréquence et sa place stéréo. Le rythme est une grille de points, pas un groove.
La basse
Soit un ton pur, soit une matière. Chez Alva Noto et Ikeda, la basse est une sinus sub entre 40 et 60 Hz, très courte ou tenue, sans harmonique, qui apparaît comme un point de plus sur la grille. Chez Fennesz, il n'y a pas de basse : c'est la guitare granulée et les nappes qui remplissent le grave, avec du bruit. Chez Pole, le versant dub, une vraie basse dub lente sous des clics de filtre défaillant. Dans tous les cas, ce n'est jamais une ligne mélodique. Attention au sub sinus court : il produit un clic à l'attaque s'il ne démarre pas au zéro, ce qui peut être voulu. Mets-le en mono et vérifie sur un système capable de descendre à 40 Hz.
Les sons
Le brief donne Max/MSP, Reaktor, l'ordinateur et le granulateur. Les sources sont des accidents fabriqués : un CD rayé enregistré, un fichier encodé en MP3 à 32 kbps puis réencodé cinq fois, de l'aliasing par Redux avec downsample extrême, un Grain Delay poussé jusqu'au bégaiement, un plantage de plugin enregistré en resampling. Fennesz granule une guitare dans Max/MSP jusqu'à ce que la mélodie ne soit plus qu'un halo. Outils : Glitchmachines, Sugar Bytes Effectrix, dblue Glitch, Spectral Time en freeze, Corpus pour les résonances. Un sinus pur d'Operator reste le son le plus précis. La règle : aucun son ne doit sonner comme un instrument.
L’arrangement
Deux stratégies selon le pôle. Chez Fennesz, une forme ambient de 6 à 10 minutes où une mélodie de guitare est noyée sous les artefacts, avec des fondus lents. Chez Raster-Noton, une grille minimale de 4 à 6 minutes qui ajoute un élément toutes les 16 mesures, mathématique, presque sans fondu : les éléments apparaissent et disparaissent net. Le silence numérique absolu, quelques secondes de zéro, est un élément d'arrangement. Les transitions sont des coupures, pas des montées. Data.Matrix fonctionne comme une démonstration : chaque nouveau son arrive seul, exact. Endless Summer, à l'inverse, est une chanson dont on n'entend que les ruines.
Le mix
Les crêtes sont dures : un clic à pleine échelle peut abîmer un tweeter, donc un limiteur transparent avec un plafond à -0,3 dB sur le master, et des clics à -6 dB au maximum. Aucune reverb sur les artefacts, ils restent secs et devant ; la reverb va sur les couches mélodiques seulement. Stéréo extrême : un clic tout à gauche, le suivant tout à droite. Le sub en mono. Le niveau final peut monter à -10 LUFS chez Raster-Noton, rester à -16 chez Fennesz. N'ajoute pas de dither par réflexe : sur des sinus pures et du silence numérique, il s'entend, et son absence aussi ; choisis. Teste sur plusieurs systèmes, les clics changent de caractère avec les tweeters.
Les plugins et machines
- Lecteur CD portable préparé (materiel) : La source d'Oval : CD peints ou rayés au ruban adhésif, lus jusqu'au saut et enregistrés. Un vieux Discman et un CD gravé suffisent encore.
- Cycling '74 Max/MSP (plugin) : Fennesz y granule sa guitare jusqu'au halo, Ikeda y programme des sinus et des impulsions au millième de seconde ; Max for Live dans Ableton.
- Native Instruments Reaktor 6 (plugin) : Buffers qui bégaient et granulateurs construits sur mesure, avec la bibliothèque d'ensembles utilisateur pleine d'outils d'erreur contrôlée.
- Sugar Bytes Effectrix 2 (plugin) : Grille de 32 pas où tu poses des blocs de stutter, reverse, tape stop et filtre ; l'outil qui a fixé la norme du glitch en séquence.
- Illformed Glitch 2 (plugin) : Séquenceur d'effets par pas avec fonction aléatoire pour trouver vite des motifs de bégaiement ; la version 1.3 gratuite ne tourne que sous Windows.
- Glitchmachines Fracture (plugin) : Buffer-effect gratuit qui hache et boucle en 50 ms sans crossfade ; Hysteresis du même éditeur fait les delays granulaires qui partent en feedback.
- Ableton Beat Repeat (plugin) : Grille 1/64 avec chance basse sur un sample découpé en boucles de 50 ms, puis resampling du résultat ; Grain Delay pour le bégaiement continu.
- Ableton Redux (plugin) : Downsample extrême pour l'aliasing composé, à sec, sans reverb ; Spectral Time en freeze et Corpus servent aux résonances des couches mélodiques.
Pour commencer
- Choisis ton pôle : mélodie noyée (Fennesz) ou grille de laboratoire (Alva Noto). Ici, la grille : tempo 125 BPM, grille 1/64.
- Fabrique quatre percussions d'erreur : un clic de 1 ms, un burst de bruit blanc de 4 ms, une sinus de 10 ms à 1 kHz, un sub sinus de 50 Hz de 40 ms.
- Programme un pattern de 4 mesures avec cinq points au maximum par mesure, chaque son à une position stéréo fixe.
- Prends un sample quelconque, découpe-le en boucles de 50 ms sans crossfade et fais-le bégayer avec Beat Repeat, puis resample le résultat.
- Arrange sur 5 minutes en ajoutant un élément toutes les 16 mesures, avec deux secondes de silence numérique total au milieu, et des transitions sans fondu.
- Mixe sec, stéréo extrême, sub en mono, limiteur transparent à -0,3 dB, et écoute sur deux systèmes différents.
À écouter en travaillant
- Oval : Do While (1995) : des CD peints qui sautent, transformés en boucles mélodiques, l'origine du genre.
- Fennesz : Endless Summer (2001) : une chanson pop dont on n'entend que les ruines granulées, le glitch mélodique.
- Ryoji Ikeda : Data.Matrix (2005) : des clics et des sinus placés au sample près, la grille de laboratoire.
- Alva Noto : Uni Acronym (2011) : la rigueur Raster-Noton avec une voix, chaque clic à sa place stéréo et sa fréquence.
Sources : connaissances générales · Cymatics, Glitch VST Plugins: 15 of the Best · eMastered, 17 Best Glitch VST Plugins · Magnetic Magazine, Top VSTs for Glitches
La filiation
Vient de
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Glitch ?
L'erreur promue matériau : CD qui sautent, buffers qui bégaient, clics et artefacts numériques composés. Oval ouvre la voie au début des années 1990 en peignant sur des CD, Fennesz y ajoute la mélodie, Alva Noto la rigueur. Le glitch a infusé partout, de la pop (post-Vespertine) au sound design…
À quel tempo joue-t-on le Glitch ?
Entre 90 et 140 BPM. Deux pôles opposés. Sans tempo chez Oval et Fennesz, où les artefacts flottent sur des nappes ; tempo strict et rigide chez Alva Noto et Ryoji Ikeda, 120 à 130 BPM, avec des clics quantifiés au sample près. Dans les deux cas, la durée…
Quels sont les artistes clés du Glitch ?
Oval, Fennesz, Alva Noto, Ryoji Ikeda, Pole (versant dub).
Avec quoi produit-on du Glitch ?
Max/MSP, Native Instruments Reaktor, Ordinateur, Granulateur, Lecteur CD portable préparé, Cycling '74 Max/MSP, Native Instruments Reaktor 6, Sugar Bytes Effectrix 2, Illformed Glitch 2, Glitchmachines Fracture.