IDM
Ambient · 1997 · 90 à 160 BPM · aussi appelé Intelligent Dance Music, Electronic Listening Music
Intelligent Dance Music : le nom, né d'une liste de diffusion en 1993 autour du catalogue Warp, est contesté depuis le premier jour, y compris par ses figures. La musique, elle, est claire : l'électronique de club réécrite pour l'écoute, breaks retors, mélodies mélancoliques, recherche sonore. Aphex Twin, Autechre et Boards of Canada en sont les trois pôles canoniques.
15 morceaux de référence
- Boards of Canada : Roygbiv (1998)
- Squarepusher : Come On My Selector (1997)
- Aphex Twin : Windowlicker (1999)
- Plaid : Eyen (1999)
- Autechre : Gantz Graf (2002)
- Squarepusher : Terminal Slam (2020)
- Skee Mask : CZ3000 Dub (2021)
- Aphex Twin : Blackbox Life Recorder 21f (2023)
- In-Dex : I'll Never Walk Away (2023)
- Aphex Twin : Alberto Balsalm
- Aphex Twin : IZ-US
- Aphex Twin : Flim
- Aphex Twin : Vordhosbn
- Aphex Twin : Fingerbib
- Autechre : Eutow
Fiche technique
- Tempo : 90 à 160 BPM
- Apparition : vers 1997
- Machines : Trackers (Amiga), Max/MSP
- Le son : Trackers et séquenceurs détournés, Synthés analogiques patinés, Éditions de breaks complexes, Max/MSP (période tardive)
- Labels : Warp Records, Ilian Tape, Skam, Rephlex, Planet Mu
- Artistes clés : Aphex Twin, Autechre, Boards of Canada, Squarepusher, µ-Ziq, Plaid
Produire ce style
Un cours écrit pour SONAA, en français, à partir des sources citées : un point de départ, pas une recette.
Tempo et groove
Il n'y a pas de tempo type, c'est la première différence avec le club : de 80 BPM chez Boards of Canada à 170 chez Squarepusher, avec des tempos bâtards en chemin. La grille existe mais elle est cassée : micro-décalages, triolets contre binaire, mesures en 7/8 ou en 5/4 chez Autechre, changements de tempo au milieu d'un morceau. Les trackers Amiga du brief travaillaient en ticks et en vitesse de pattern, ce qui donnait ces rythmes qui hoquettent ; Renoise reproduit ça aujourd'hui. Chez Boards of Canada, c'est l'inverse : un tempo hip-hop lent et une bande qui pleure, donc une grille qui flotte. Choisis ton camp avant d'écrire : la machine qui bégaie ou la bande qui dérive.
La rythmique
Le break édité est le geste central. Prends un break ou tes propres frappes de 808 et 909, découpe à la double croche ou à la triple croche, réordonne, renverse une tranche, pitche chaque tranche différemment, ajoute un fill différent toutes les 4 mesures. Dans Ableton : Slice to New MIDI Track, Beat Repeat en grille 1/32 avec chance à 30 pour cent, Buffer Shuffler en Max for Live. Autechre pousse jusqu'à ce que le rythme devienne une texture ; Aphex Twin garde la programmation dense mais reste dansant ; Boards of Canada utilisent un break hip-hop simple noyé de vinyle. Ce qui compte, c'est que le motif ne revienne jamais identique : le rythme mute à chaque passage.
La basse
Aucun standard, et c'est un choix par morceau. Sub sinus propre sous un break chaotique chez Aphex Twin ; basse analogique détunée de SH-101 ou de Juno chez Boards of Canada, avec un léger vibrato de bande ; basse électrique réelle jouée en jazz-fusion chez Squarepusher. Le point commun : la basse est mélodique et suit l'harmonie, accords mineurs avec septièmes, modes dorien et lydien, mélancolie enfantine. Elle ne se sidechaine pas systématiquement au kick, puisque le kick lui-même bouge tout le temps. Sur Roygbiv, c'est une ligne chaude et ronde qui porte l'accord ; sur Gantz Graf, il n'y a presque plus de basse, la matière remplit le bas.
Les sons
Le brief donne les trackers Amiga et Max/MSP. Aujourd'hui : Renoise pour le feel tracker, Ableton avec Max for Live pour la période tardive, Reaktor. Les synthés analogiques patinés font les mélodies : Juno-60, SH-101, Nord Lead, ou leurs émulations, avec un désaccord entre deux voix de 10 à 20 cents. Chez Boards of Canada, tout passe par une cassette usée : wow et flutter, passe-bas à 10 kHz, voix d'enfants et de documentaires samplées. Effets d'identité : Grain Delay, Redux, Vinyl Distortion, resampling en boucle jusqu'à ce que le son se dégrade. Operator en FM pour les percussions métalliques. La mélodie est toujours simple et un peu triste, même quand le rythme est féroce.
L’arrangement
Forme libre, 4 à 7 minutes, sans drop de club. Le morceau évolue par mutation : le break change à chaque passage, la mélodie reste stable, ou l'inverse. La tension du genre est là : quelque chose de beau posé sur quelque chose de cassé. Une structure fréquente : intro ambient sans beat, entrée du break qui se complexifie sur 32 mesures, passage sans rythme où la mélodie respire, retour du break plus dense, fin abrupte ou longue coda de nappes. Windowlicker change de section à mi-parcours comme un film qui coupe. Écris d'abord la mélodie et l'harmonie, puis passe des heures sur le rythme : c'est l'inverse de la techno.
Le mix
Le contraste est la règle : des drums secs, durs, devant, sans reverb, et des mélodies floues, larges, noyées. Dynamique large, pas de guerre du volume : -12 LUFS, parfois moins. Saturation sur le bus de batterie (Drum Buss, Saturator), bitcrush volontaire, aliasing assumé. Autechre livrent des mix bruts sans mastering lisse ; Boards of Canada mettent un passe-bas à 10 kHz sur tout et laissent le souffle. Le sub reste propre et mono même quand le reste est sale. Ne cherche pas la cohérence de club : chaque élément peut vivre dans son propre espace. Réécoute au casque, c'est le format d'écoute du genre, et vérifie que les micro-détails du break s'entendent.
Les plugins et machines
- Renoise (daw) : Le tracker moderne, héritier d'OctaMED et ProTracker sur Amiga : éditions de breaks à la triple croche en colonnes, commandes de retrigger et de volume par ligne.
- Cycling '74 Max/MSP (plugin) : L'outil d'Autechre depuis Confield : séquenceurs génératifs et traitements programmés ; dans Ableton, Max for Live donne accès aux mêmes patches.
- Clavia Nord Lead (machine) : Le synthé virtuel-analogique d'Autechre pour les mélodies froides et les percussions ; Nord Lead A1 ou un Wavetable d'Ableton bien réglé en tiennent lieu.
- Roland SH-101 (machine) : Mélodies simples et un peu tristes, deux prises désaccordées de 10 à 20 cents ; TAL-BassLine-101 ou Roland Cloud SH-101 pour la version logicielle.
- Roland Juno-60 (machine) : Nappes et arpèges avec le chorus d'origine, passés ensuite par une cassette usée à la Boards of Canada ; émulation TAL-U-NO-LX.
- Casio FZ-10M (machine) : Le sampler 16 bits que Richard D. James disait utiliser sur la plupart de ses premiers morceaux ; Simpler et Sampler avec Redux retrouvent ce grain.
- Ableton Beat Repeat (plugin) : Grille 1/32, chance à 30 pour cent, sur les breaks 808 et 909 découpés ; Grain Delay et Redux derrière pour les artefacts, resampling en boucle jusqu'à dégradation.
- Native Instruments Reaktor 6 (plugin) : Pour les séquenceurs détournés et les percussions FM métalliques ; l'alternative maison est Operator en FM avec des ratios non entiers.
Pour commencer
- Écris d'abord une mélodie simple et mélancolique en mineur avec septièmes sur un Juno émulé, deux voix désaccordées de 15 cents, à 92 BPM.
- Programme un break de 2 mesures avec des frappes 808 et 909, puis découpe-le à la triple croche et réordonne les tranches à la main.
- Ajoute Beat Repeat en grille 1/32 avec chance à 30 pour cent, et un fill différent toutes les 4 mesures.
- Pose une basse sub sinus qui suit l'harmonie, ronde, sans sidechain.
- Arrange sur 5 minutes : intro sans beat, break qui se complexifie sur 32 mesures, passage mélodique nu, retour plus dense, fin abrupte.
- Mixe les drums secs et saturés, la mélodie large et mouillée, un passe-bas à 12 kHz sur les nappes, niveau autour de -12 LUFS.
À écouter en travaillant
- Boards of Canada : Roygbiv (1998) : break hip-hop simple, basse ronde et synthé qui pleure, la bande usée comme esthétique.
- Aphex Twin : Windowlicker (1999) : la programmation dense qui reste dansante, le changement de section à mi-morceau.
- Autechre : Gantz Graf (2002) : le rythme devenu texture, chaque frappe éditée, l'extrême de la mutation.
- Plaid : Eyen (1999) : la mélodie lumineuse et le break propre, la version la plus accessible du genre.
Sources : connaissances générales · Equipboard, Aphex Twin, Autechre et Boards of Canada · Gearnews, The Wizard of IDM: How to Sound Like Aphex Twin · Wikipedia, Aphex Twin
La filiation
Vient de
A donné
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le IDM ?
Intelligent Dance Music : le nom, né d'une liste de diffusion en 1993 autour du catalogue Warp, est contesté depuis le premier jour, y compris par ses figures. La musique, elle, est claire : l'électronique de club réécrite pour l'écoute, breaks retors, mélodies mélancoliques, recherche sonore.…
À quel tempo joue-t-on le IDM ?
Entre 90 et 160 BPM. Il n'y a pas de tempo type, c'est la première différence avec le club : de 80 BPM chez Boards of Canada à 170 chez Squarepusher, avec des tempos bâtards en chemin. La grille existe mais elle est cassée : micro-décalages, triolets contre…
Quels sont les artistes clés du IDM ?
Aphex Twin, Autechre, Boards of Canada, Squarepusher, µ-Ziq, Plaid.
Avec quoi produit-on du IDM ?
Trackers (Amiga), Max/MSP, Renoise, Cycling '74 Max/MSP, Clavia Nord Lead, Roland SH-101, Roland Juno-60, Casio FZ-10M, Ableton Beat Repeat, Native Instruments Reaktor 6.