Clicks & Cuts
Minimal · 1998 · 115 à 128 BPM · aussi appelé Clicks and Cuts
Le laboratoire du micro-son appliqué au rythme, autour du label Clicks and Cuts de Mille Plateaux au tournant des années 2000. Le bug devient matière première : clics numériques, erreurs de CD, silences découpés au scalpel, assemblés en grooves spectraux. Plus radical que le microhouse qu'il a nourri, c'est un moment charnière où l'électronique allemande pense sa propre matière.
6 morceaux de référence
- Pole : Tanzen (1998)
- Vladislav Delay : Huone (2000)
- Jan Jelinek : Tendency (2001)
- Akufen : Deck The House (2002)
- Ricardo Villalobos : Dexter (2003)
- Alva Noto : Xerrox Voyage (2020)
Fiche technique
- Tempo : 115 à 128 BPM
- Apparition : vers 1998
- Machines : Max/MSP, Native Instruments Reaktor, Ordinateur, Steinberg Cubase
- Le son : Erreurs numériques samplées, Éditions au sample près, DSP expérimental
- Labels : Mille Plateaux, Raster-Noton, 12k, Raster
- Artistes clés : Oval, Alva Noto, SND, Frank Bretschneider, Vladislav Delay
Produire ce style
Un cours écrit pour SONAA, en français, à partir des sources citées : un point de départ, pas une recette.
Tempo et groove
Le tempo varie plus que dans le microhouse : de 100 BPM pour les pièces dub de Pole à 130 pour Akufen. Le feel est souvent volontairement irrégulier : la grille existe, mais certains clics tombent hors grille, décalés de quelques millisecondes ou de plusieurs échantillons, comme des erreurs de lecture. Swing modéré, autour de 55 %, ou pas de swing du tout et des placements manuels. Chez Villalobos, le tempo est lent, 122 BPM, mais le groove vient de percussions en triolets contre la grille binaire. Une technique utile : programme en doubles croches puis retire 20 % des notes au hasard. Le silence est un élément rythmique à part entière.
La rythmique
Le kick peut être un sinus court de 60 ms ou un DC click, un pop numérique de quelques échantillons. La caisse claire est un fragment d'erreur : un CD qui saute, un dropout, un bruit de quantification. Fabrique-les toi-même : prends un sample, coupe-le en plein milieu d'une onde sans fade, le clic qui en résulte est ton matériau. Rythmiquement, la boucle reste à quatre temps mais fragmentée : kick sur 1 et 3 seulement, clics en doubles croches irrégulières, une croche vide au milieu. Dans Ableton, Beat Repeat avec Grid à 1/32 et Chance à 30 % génère des bégaiements. Édite au niveau de l'échantillon : zoome jusqu'à voir les points et déplace les frappes une par une.
La basse
Chez Pole, la basse vient du dub : un sub rond en sinus, deux notes sur une mesure, avec un delay long en croche pointée à 40 % de feedback qui la fait rebondir. Chez SND ou Jelinek, la basse est presque absente ou réduite à un bourdon très bas, un sinus à 45 Hz tenu sur 4 mesures avec un trémolo lent. Le point commun : la basse ne joue jamais de motif rythmique dense, elle laisse la place aux clics. Attaque de 5 ms, release 200 ms, pas d'harmoniques au-dessus de 200 Hz. Un filtre bas résonant dans Auto Filter, cutoff à 120 Hz, résonance 20 %, modulé très lentement, donne le côté sous-marin. Pas de sidechain : la basse flotte sous les clics.
Les sons
La matière première est l'erreur numérique. Oval abîmait des CD au marqueur et enregistrait les sauts. Toi, tu peux : réduire un son à 4 bits dans Redux sans dither, couper des samples sans fade pour créer des clics, pousser un débruiteur à fond pour n'entendre que les artefacts, exporter un fichier avec un mauvais taux d'échantillonnage. Max/MSP et Reaktor servent à construire des patches qui génèrent des impulsions aléatoires ou des sinus purs modulés. Un chapelet d'harmoniques statiques, quelques sinus tenus entre 200 Hz et 3 kHz, sert de fond spectral. Chez Pole, un filtre Waldorf cassé produisait des crépitements ; un Erosion ou un Vinyl Distortion d'Ableton en donne une approximation. Pas de synthé traditionnel, pas de preset.
L’arrangement
Les pièces durent entre quatre et neuf minutes et ne suivent pas la structure DJ. La forme est souvent additive : un motif de clics tourne seul 30 secondes, un sub apparaît, une texture entre, puis tout se retire pour laisser un seul clic. Il n'y a pas de break parce qu'il n'y a jamais de plein. Travaille par couches de 16 mesures, mais varie les longueurs : un motif de 5 doubles croches contre un de 16 crée des cycles qui ne se recalent qu'après 80 pas. Vladislav Delay étire sur 15 minutes des nappes qui se décalent lentement. Akufen, à l'inverse, arrange comme de la house, avec un vrai drop. Décide d'abord si ta pièce est pour la piste ou pour le casque.
Le mix
Le mix est clinique. Chaque clic doit être audible dans son détail : aucune compression sur les éléments courts, aucune reverb sur eux, sauf un choix dub assumé. Le spectre est vide entre 300 Hz et 2 kHz, c'est ce qui donne l'impression de laboratoire : sub en bas, clics et sinus en haut. Passe-haut à 2 kHz sur les clics, passe-bas à 100 Hz sur le sub. Panoramiques extrêmes, 100 % gauche ou droite, pour créer des dialogues. Niveau global bas, -14 LUFS, avec beaucoup de dynamique. Attention aux clics vrais qui abîment les enceintes : passe le master dans un limiteur à -1 dBFS sans gain de sortie. Exporte en 24 bits, ce genre vit des détails à bas niveau.
Les plugins et machines
- Cycling '74 Max (plugin) : Markus Popp d'Oval y range et rejoue ses bibliothèques de clics ; des buffers lus sans enveloppe produisent les clics eux-mêmes.
- Native Instruments Reaktor (plugin) : Patches d'impulsions, de sinus purs et de compteurs ; le laboratoire logiciel de Raster-Noton et de Frank Bretschneider.
- Ableton Redux (plugin) : Réduction à 4 bits sans dither et sous-échantillonnage : le bruit de quantification devient ta caisse claire.
- Ableton Beat Repeat (plugin) : Grid à 1/32, Chance à 30 %, sur un clic isolé : bégaiements aléatoires qui ressemblent à un CD qui saute.
- Waldorf 4-Pole (materiel) : Le filtre cassé de Stefan Betke, qui a donné son nom à Pole : ses crépitements font le rythme de Tanzen.
- Lecteur CD endommagé (materiel) : Oval abîmait des disques au marqueur et enregistrait les sauts de lecture ; la méthode fondatrice du genre.
- Steinberg Cubase (daw) : Le séquenceur allemand de l'époque Mille Plateaux : éditions au sample près, zoome jusqu'aux points et coupe sans fade.
- Ableton Erosion (plugin) : Mode Sine ou Noise sur un sub ou une nappe pour des artefacts numériques discrets, à la place du filtre cassé.
Pour commencer
- Fabrique une banque d'erreurs : coupe des samples sans fade, réduis à 4 bits dans Redux, garde les artefacts d'un débruiteur poussé à fond.
- Tempo 120 BPM, kick sinus de 60 ms sur 1 et 3, clics sur des doubles croches irrégulières, une croche vide par mesure.
- Ajoute un sub deux notes avec delay dub en croche pointée, ou un bourdon à 45 Hz sans motif.
- Pose trois sinus tenus entre 200 Hz et 3 kHz comme fond spectral, pannés aux extrêmes.
- Superpose un motif de 5 pas contre la grille de 16 et laisse tourner 80 pas avant de changer.
- Mixe sans compression sur les clics, spectre vide au centre, limiteur de sécurité à -1 dBFS.
À écouter en travaillant
- Pole : Tanzen (1998) : le crépitement d'un filtre cassé devient rythme, la basse est du pur dub.
- Jan Jelinek : Tendency (2001) : des grains de jazz réduits à des pops, un groove qui semble respirer.
- Akufen : Deck The House (2002) : des centaines de fragments de radio arrangés en house dansante.
- Alva Noto : Xerrox Voyage (2020) : la même matière numérique sans rythme, étirée en nappe.
Sources : connaissances générales · Cycling '74 forums (Approaches to Composing Glitch Music using Max MSP) · Gearspace (Glitch Electronic music from late 90's / early 2000's, how did they do it?) · forum.ableton.com (Alva Noto sound design)
La filiation
Vient de
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Clicks & Cuts ?
Le laboratoire du micro-son appliqué au rythme, autour du label Clicks and Cuts de Mille Plateaux au tournant des années 2000. Le bug devient matière première : clics numériques, erreurs de CD, silences découpés au scalpel, assemblés en grooves spectraux. Plus radical que le microhouse qu'il a…
À quel tempo joue-t-on le Clicks & Cuts ?
Entre 115 et 128 BPM. Le tempo varie plus que dans le microhouse : de 100 BPM pour les pièces dub de Pole à 130 pour Akufen. Le feel est souvent volontairement irrégulier : la grille existe, mais certains clics tombent hors grille, décalés de quelques…
Quels sont les artistes clés du Clicks & Cuts ?
Oval, Alva Noto, SND, Frank Bretschneider, Vladislav Delay.
Avec quoi produit-on du Clicks & Cuts ?
Max/MSP, Native Instruments Reaktor, Ordinateur, Steinberg Cubase, Cycling '74 Max, Ableton Redux, Ableton Beat Repeat, Waldorf 4-Pole, Lecteur CD endommagé, Ableton Erosion.