Electro Funk
Electro · 1982 · 110 à 130 BPM · aussi appelé Electro-Funk, Electrofunk
Le Bronx et Detroit, 1982 : Planet Rock d'Afrika Bambaataa pose Kraftwerk sur une TR-808 et invente le funk des machines. Vocodeurs, breakdance, imagerie futuriste : l'electro-funk est la première musique afro-américaine entièrement électronique, chaînon direct entre l'Europe robotique et Detroit. La 808 y gagne ses lettres de noblesse éternelles.
10 morceaux de référence
- Afrika Bambaataa : Planet Rock (1982)
- Man Parrish : Hip Hop Be Bop (1982)
- Jonzun Crew : Pack Jam (1982)
- Hashim : Al-Naafiysh The Soul (1983)
- Newcleus : Jam On It (1984)
- Franc Moody : Night Flight (2019)
- Chromeo : Personal Effects (2023)
- Chromeo : Call Me Up
- Zapp : Heartbreaker (Part I, Part II)
- Dynamix II : Bass Generator
Fiche technique
- Tempo : 110 à 130 BPM
- Apparition : vers 1982
- Machines : Roland TR-808, Vocodeur, E-mu Emulator, Fairlight CMI
- Le son : Vocoder, Fairlight et Emulator (riches), Synthés funk monophoniques
- Labels : Tommy Boy, Streetwise, West End Records, Clone, Dominance Electricity
- Artistes clés : Afrika Bambaataa & Soulsonic Force, Man Parrish, Hashim, Newcleus, Cybotron (charnière Detroit)
Produire ce style
Un cours écrit pour SONAA, en français, à partir des sources citées : un point de départ, pas une recette.
Tempo et groove
Vise entre 110 et 130 BPM : Planet Rock tourne autour de 126, Jam On It et Al-Naafiysh plus lentement, vers 112 à 115. Le feel est carré, sans swing : à l'époque les patterns sortaient d'un séquenceur à pas (le livre d'Attack rappelle que Planet Rock a été séquencé sur un Roland MC-4), donc quantise tout à la double croche, à 0 % de swing. La sensation de lenteur vient de la caisse claire sur les temps 2 et 4, pas du tempo. Le groove naît des kicks syncopés qui tombent entre les temps, jamais du micro-décalage. Si tu ajoutes un groove Ableton, garde-le sous 10 % : le style est robotique par choix, pas par manque de moyens.
La rythmique
Tout part de la TR-808, ou d'un kit 808 dans Drum Rack. Kick sur le temps 1, sur le « et » du temps 2 (pas 7 sur 16) et sur le « et » du temps 3 (pas 11) : ce saut évite le four on the floor et donne la marche electro. Caisse claire 808 sur 2 et 4, souvent doublée d'un handclap avec un peu de réverbération. Charley fermé en doubles croches, vélocité 100 sur les temps, 60 entre. Charley ouvert sur le dernier « et » de la mesure. Ajoute cowbell et claves 808 en motifs de deux mesures, rimshot pour les relances. Règle le decay du kick 808 long, vers 400 ms, il tient lieu de sub. Les fills se font avec les toms 808 descendants toutes les 8 mesures.
La basse
La basse est un synthé monophonique, type Minimoog, ARP Odyssey ou SH-101 : aujourd'hui Ableton Analog, Repro-1 ou Diva font l'affaire. Dent de scie unique, filtre passe-bas à 400 Hz environ, résonance légère, enveloppe de filtre avec decay court de 150 ms et sustain à zéro pour le côté piqué. Écris des croches ou des doubles croches sur la fondamentale, avec des sauts d'octave sur les contretemps : la basse d'electro-funk bondit, elle ne tient pas de notes. Reste en mineur, souvent en mi ou en fa. Laisse le kick 808 occuper les sous-basses : coupe ta basse synthé sous 60 Hz et fais-la vivre entre 80 et 300 Hz. Elle répond au kick, elle ne le double pas.
Les sons
Trois couleurs définissent le style. Le vocodeur d'abord : Roland VP-330 ou SVC-350 à l'époque, aujourd'hui le Vocoder d'Ableton, TAL-Vocoder ou Vocoder V d'Arturia, avec une porteuse en dent de scie jouant l'accord et une voix scandée, pas chantée. Ensuite l'orchestra hit du Fairlight CMI : un sample orchestral joué sur les temps forts, que tu retrouves dans tous les packs sous le nom orch hit ou dans le kit Fairlight d'Arturia. Enfin les mélodies de synthé mono empruntées à Kraftwerk : une dent de scie avec un vibrato lent, jouant en croches un thème simple de quatre notes. L'Emulator sert aux voix coupées et aux bruits de laser, que tu peux refaire avec un bruit blanc filtré et une enveloppe de pitch descendante.
L’arrangement
Les maxis d'époque durent six à sept minutes et sont construits par blocs de 8 mesures. Intro : la 808 seule pendant 8 à 16 mesures, puis la basse entre, puis la mélodie. Le refrain vocodé revient toutes les 32 mesures, entre les couplets rappés ou chantés. Le break central retire le kick et laisse claps, cowbell et vocodeur pendant 8 mesures, avant le retour de la 808 avec un roulement de toms. Pas de montée filtrée, pas de bruit blanc : les transitions se font par ajout ou retrait d'un élément, et par les fills 808. Termine par un outro de 16 mesures avec batterie et basse, pour les DJs. Une version instrumentale sur la face B fait partie de la tradition.
Le mix
Le mix est sec et frontal. La 808 domine : kick à environ -6 dBFS de crête, la basse synthé 4 à 6 dB en dessous, les voix au niveau du kick. Seule la caisse claire reçoit de la réverbération, courte, type plate ou gated de 300 à 500 ms. Passe l'ensemble des drums dans une saturation à bande douce (Saturator d'Ableton en mode Analog Clip, drive 3 dB) pour rappeler le multipiste analogique. Somme tout ce qui est sous 150 Hz en mono. Une compression de bus légère, ratio 2:1, attaque 30 ms, release 100 ms, colle le tout sans pomper. Garde la dynamique : les productions de 1982 ne dépassent pas -12 LUFS intégrés, inutile d'écraser.
Les plugins et machines
- Roland TR-808 (machine) : Toute la batterie : kick au decay long vers 400 ms qui sert de sub, cowbell, claves, toms pour les fills ; aujourd'hui Roland Cloud TR-808 ou D16 Nepheton.
- Roland VP-330 Vocoder Plus (machine) : Le vocodeur des refrains scandés, porteuse en dent de scie sur l'accord ; remplacé aujourd'hui par le Vocoder d'Ableton, TAL-Vocoder ou Arturia Vocoder V.
- Fairlight CMI (machine) : Source de l'orchestra hit ORCH2 posé sur les temps forts de Planet Rock ; tu le retrouves dans Arturia CMI V ou dans tout pack sous le nom orch hit.
- E-mu Emulator (machine) : Sampler des voix coupées, lasers et bruitages des maxis de 1982 ; refais-les avec un bruit blanc filtré et une enveloppe de pitch descendante dans Simpler.
- Roland MC-4 MicroComposer (machine) : Le séquenceur à pas qui a piloté Planet Rock : c'est lui qui impose la grille carrée à 0 % de swing, quantisée à la double croche.
- Minimoog Model D (machine) : La basse mono en dent de scie qui bondit en sauts d'octave, filtre vers 400 Hz et decay court ; ARP Odyssey et SH-101 jouent le même rôle.
- Ableton Analog (plugin) : Pour refaire cette basse aujourd'hui : dent de scie unique, decay de filtre 150 ms, sustain zéro ; u-he Repro-1 ou Diva donnent le même piqué.
- Ableton Saturator (plugin) : Sur le bus 808 en mode Analog Clip avec 3 dB de drive, pour rappeler le multipiste analogique des studios de Tommy Boy.
Pour commencer
- Charge un kit 808 dans Drum Rack, règle le tempo à 118 BPM et programme deux mesures : kick sur 1, le « et » de 2 et le « et » de 3, caisse claire sur 2 et 4, charleys en doubles croches.
- Ajoute cowbell, claves et un charley ouvert sur le dernier contretemps, puis un fill de toms descendants à la fin de chaque bloc de 8 mesures.
- Écris une basse mono en dent de scie, croches sur la fondamentale en mi mineur avec sauts d'octave, decay de filtre à 150 ms.
- Compose une mélodie de quatre notes pour un synthé mono et pose un orch hit sur le premier temps d'une mesure sur deux.
- Enregistre une phrase scandée et passe-la dans un vocodeur dont la porteuse joue l'accord de la mélodie.
- Arrange par blocs de 8 mesures : 808 seule, basse, mélodie, refrain vocodé, break sans kick, retour, outro pour les DJs.
À écouter en travaillant
- Afrika Bambaataa & Soulsonic Force : Planet Rock (1982) : le kick 808 syncopé, l'orch hit et le thème de Kraftwerk transposé, le modèle de tout le genre.
- Man Parrish : Hip Hop Be Bop (1982) : la version instrumentale et sombre, où les effets d'Emulator et les claps prennent la place du rap.
- Hashim : Al-Naafiysh The Soul (1983) : la 808 quasi seule avec une basse en sauts d'octave, un cours de minimalisme electro.
- Newcleus : Jam On It (1984) : le vocodeur comme voix principale, avec les toms 808 en fills.
Sources : Attack Magazine, The Secrets of Techno Production (chapitre Step-sequences, encadré sur les séquenceurs et Planet Rock) · Connaissances générales · Attack Magazine, The Secrets of Techno Production (chapitre Step-sequences) · Gearnews · Hyperbits · Gearspace
La filiation
Vient de
A donné
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Electro Funk ?
Le Bronx et Detroit, 1982 : Planet Rock d'Afrika Bambaataa pose Kraftwerk sur une TR-808 et invente le funk des machines. Vocodeurs, breakdance, imagerie futuriste : l'electro-funk est la première musique afro-américaine entièrement électronique, chaînon direct entre l'Europe robotique et Detroit.…
À quel tempo joue-t-on le Electro Funk ?
Entre 110 et 130 BPM. Vise entre 110 et 130 BPM : Planet Rock tourne autour de 126, Jam On It et Al-Naafiysh plus lentement, vers 112 à 115. Le feel est carré, sans swing : à l'époque les patterns sortaient d'un séquenceur à pas (le livre d'Attack rappelle que…
Quels sont les artistes clés du Electro Funk ?
Afrika Bambaataa & Soulsonic Force, Man Parrish, Hashim, Newcleus, Cybotron (charnière Detroit).
Avec quoi produit-on du Electro Funk ?
Roland TR-808, Vocodeur, E-mu Emulator, Fairlight CMI, Roland VP-330 Vocoder Plus, Roland MC-4 MicroComposer, Minimoog Model D, Ableton Analog, Ableton Saturator.