Doomcore
Hardcore · 1992 · 120 à 150 BPM · aussi appelé Doom Core, Slow Hardcore
Le hardcore lent et funèbre inventé par The Mover à Francfort : 130-150 battements, nappes d'apocalypse, kicks caverneux, l'ambiance d'une cathédrale vide après la fin du monde. Culte absolu chez les connaisseurs de PCP, le style n'a jamais été grand public et n'a jamais cherché à l'être. Sa descendance spirituelle court jusqu'à la doomcore-wave actuelle.
15 morceaux de référence
- Mescalinum United : Symphonies Of Steel (1992)
- The Mover : Waves of Life (1994)
- Jack Lucifer : 96 Knights (1996)
- Pilldriver : Apocalypse Never (1997)
- Low Entropy : Doomcore Records (2013)
- Heliotype X Cathy Battistessa : Someone Like You (Heliotype's Balearic Edit) (2022)
- Rodrigo Rodriguez : Lacrimae (2022)
- The Peoples Republic Of Europe : Tyrannosaurus Rex (2022)
- Ghostvoice : Ghostvoice Ep (2023)
- Der Cherep : These Last Days (2024)
- Low Entropy : Piss Over Berghain (Frantic Edit)
- Low Entropy : No More Wars (Stop The Wars! Edit)
- Low Entropy : 2011 Hamburg Acid City (Full-On Acid Remix)
- Marc Acardipane : one world no future
- Low Entropy : Without Hope (Hopeless Mix)
Fiche technique
- Tempo : 120 à 150 BPM
- Apparition : vers 1992
- Machines : Roland TR-909, Akai S950, Steinberg Cubase
- Le son : Kicks caverneux réverbérés, Nappes funèbres, Tempo retenu, Basses d'outre-tombe
- Labels : Cold Rush Records, The Third Movement, PCP, Things To Come, Planet Core Productions
- Artistes clés : The Mover, Rave Creator, Renegade Legion, Fifth Era (frange)
Produire ce style
Un cours écrit pour SONAA, en français, à partir des sources citées : un point de départ, pas une recette.
Tempo et groove
Le doomcore ralentit le hardcore entre 130 et 150 BPM, souvent 135-140 chez The Mover. C'est la seule branche du hardcore où le tempo descend sous la techno rapide, et ce ralentissement est le sujet : chaque kick a le temps de résonner, et l'espace entre les coups devient un lieu. Pas de swing, mais une lourdeur : tout est légèrement en retard, des kicks aux nappes. Tu peux retarder les nappes de 20 à 30 ms pour cet effet de traîne. Programme à 138 BPM, grille en croches. Le feel est celui d'une marche funèbre, pas d'une danse. Beaucoup de morceaux gardent le même motif sur 8 minutes : la patience est une technique.
La rythmique
Le kick doomcore est un 909 distordu comme dans le hardcore techno, mais avec une reverb longue et sombre appliquée dessus, ce qui est interdit partout ailleurs dans la famille. Dans Ableton : Reverb avec Size au maximum, Decay 3 à 5 secondes, passe-bas à 2 kHz sur la reverb, mixée à 25 pour cent. Kick sur les quatre temps, parfois seulement sur 1 et 3 dans les passages les plus lourds. Caisse claire 909 lointaine sur 2 et 4, elle aussi réverbérée, ou un clap avec une plaque longue. Charleys rares, un charley ouvert par mesure au plus. Des toms 909 pitchés bas, en roulements lents de croches, à la fin des blocs de 16. La grille reste simple, c'est l'espace qui est complexe.
La basse
Les basses d'outre-tombe : une note très basse, tenue, en dent de scie ou en onde carrée, filtrée passe-bas vers 150 Hz, qui bourdonne sous tout le morceau. Dans Operator ou Analog : une dent de scie à la tonique deux octaves sous le médium, filtre à 150 Hz avec un peu de résonance, release de 2 secondes pour que les notes se chevauchent. Une note par 4 ou 8 mesures, en mineur : tonique, puis sixte mineure, puis quinte, puis tonique. Sidechain léger depuis le kick, ratio 3:1, release 200 ms, juste pour que le kick reste net. Pas de sub sinusoïdal en plus : le kick réverbéré et cette basse suffisent, ajouter du bas rendrait tout confus.
Les sons
Les nappes d'apocalypse : des cordes samplées dans un Akai S950 (ou n'importe quel sample d'orchestre dans Simpler), pitchées bas, filtrées, avec une reverb énorme. Des chœurs. Des orgues. Tout en mineur, en accords de deux ou trois notes, tenus 4 mesures. Des dents de scie de Juno avec chorus, attaque de 500 ms, très sombres. Le hoover est là mais lent, joué comme une plainte, avec une release longue. Des samples de films de guerre ou de science-fiction, des voix distantes, noyées dans la reverb. Des cloches. Le vocabulaire est celui du hardcore techno de PCP, mais ralenti, réverbéré et assombri. Rien de brillant : coupe tout au-dessus de 8 kHz sur les nappes.
L’arrangement
Les morceaux sont longs, 6 à 9 minutes, et évoluent lentement. Intro de 32 à 64 mesures avec nappes et basse, sans kick, comme une ouverture. Le kick arrive sans montée, juste sur le temps 1 d'un bloc, et reste. Puis les éléments s'ajoutent un par un tous les 16 ou 32 mesures. Un break au milieu, 32 mesures, où le kick s'arrête et où les nappes prennent tout. Retour du kick, puis longue descente : les éléments partent un par un jusqu'aux nappes seules. Pas de drop, pas de roll, pas de silence d'un temps : ce serait une faute de goût. Ce qui rend la piste jouable, c'est sa stabilité : un DJ peut la mixer pendant 3 minutes.
Le mix
Le mix doomcore est le seul de la famille à laisser de l'espace. Le kick est distordu mais reculé par la reverb, à moins 6 dB de crête, et il partage le bas avec la basse tenue. Comme le décrit le livre d'Attack, la reverb et le delay allongent la forme perçue d'un drum : ici c'est le cœur du son, le kick semble frapper dans une cathédrale. Coupe la reverb du kick sous 100 Hz pour ne pas noyer le bas. Nappes larges en stéréo, basse et kick en mono. Compression douce sur le bus, ratio 2:1, release lent, 500 ms. Master : limiteur léger, vers moins 10 LUFS, plus bas que le reste du hardcore. La dynamique fait partie du deuil.
Les plugins et machines
- Roland TR-909 (machine) : Kick 909 à décroissance longue, distordu modérément puis noyé dans une reverb de plusieurs secondes : caverneux plutôt qu'écrasé.
- Akai S950 (machine) : Le sampler de PCP à Francfort : nappes de cordes et de chœurs samplées, transposées vers le grave à 12 bits, ce qui donne la couleur funèbre.
- Steinberg Cubase (daw) : Le séquenceur d'époque sur Atari ST pour piloter la 909 et le S950 ; les longues automations de filtre sur 32 mesures se faisaient là.
- Roland Juno-106 (machine) : Nappes en dents de scie superposées avec le chorus, filtre fermé lentement sur 16 mesures. Le fond d'apocalypse sous le kick.
- Ableton Reverb (plugin) : Decay de 4 à 8 secondes, Predelay 40 ms, sur un envoi commun au kick et aux nappes : c'est la cathédrale vide du genre. Valhalla VintageVerb fait aussi l'affaire.
- Ableton Operator (plugin) : Basse d'outre-tombe en sinus une octave sous le kick, release long, plus des nappes en FM lente quand tu n'as pas de Juno.
- Ableton Saturator (plugin) : Drive modéré, 6 à 8 dB, sur le kick avant la reverb : assez pour la présence, pas assez pour le gabber. Simpler recharge le kick resamplé.
Pour commencer
- Tempo 138 BPM. Kick 909 dans Simpler, Saturator à 12 dB, puis Reverb longue (4 s) mixée à 25 pour cent, passe-haut à 100 Hz sur la reverb.
- Kick sur les quatre temps, caisse claire réverbérée sur 2 et 4, un charley ouvert par mesure.
- Basse tenue en dent de scie filtrée à 150 Hz, une note par 8 mesures, en mineur.
- Nappes : sample de cordes dans Simpler, pitché bas, attaque 500 ms, reverb énorme, accord mineur tenu 4 mesures.
- Ajoute un hoover lent, une note tenue 2 mesures avec release longue, comme une plainte.
- Arrange sur 8 minutes : 48 mesures d'intro sans kick, entrée du kick, ajouts tous les 32, break de 32, longue descente. Limiteur doux.
À écouter en travaillant
- Mescalinum United : Symphonies Of Steel (1992) : les nappes de cordes sur le kick de PCP, la naissance du ton.
- The Mover : Waves of Life (1994) : le kick réverbéré et la basse tenue, écoute la lenteur assumée.
- Pilldriver : Apocalypse Never (1997) : la version la plus sombre, nappes et kick caverneux sur 8 minutes.
- Low Entropy : Doomcore Records (2013) : la descendance, même vocabulaire avec des outils modernes.
Sources : Attack Magazine, The Secrets of Techno Production (chapitres Drum Processing 1 et 2, Hard Techno, Schranz) · connaissances générales · Attack Magazine, The Secrets of Techno Production (Drum Processing 1 et 2)
La filiation
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Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Doomcore ?
Le hardcore lent et funèbre inventé par The Mover à Francfort : 130-150 battements, nappes d'apocalypse, kicks caverneux, l'ambiance d'une cathédrale vide après la fin du monde. Culte absolu chez les connaisseurs de PCP, le style n'a jamais été grand public et n'a jamais cherché à l'être. Sa…
À quel tempo joue-t-on le Doomcore ?
Entre 120 et 150 BPM. Le doomcore ralentit le hardcore entre 130 et 150 BPM, souvent 135-140 chez The Mover. C'est la seule branche du hardcore où le tempo descend sous la techno rapide, et ce ralentissement est le sujet : chaque kick a le temps de résonner,…
Quels sont les artistes clés du Doomcore ?
The Mover, Rave Creator, Renegade Legion, Fifth Era (frange).
Avec quoi produit-on du Doomcore ?
Roland TR-909, Akai S950, Steinberg Cubase, Roland Juno-106, Ableton Reverb, Ableton Operator, Ableton Saturator.