Techstep
Breaks · 1995 · 170 à 180 BPM · aussi appelé Tech Step
1996-1998 : la drum and bass se refroidit, breaks industriels en deux temps, basses en vrille, science-fiction dystopique. No U-Turn et Virus en sont les usines, Ed Rush et Optical les ingénieurs en chef. Le techstep déplace le centre du genre du sound system vers le laboratoire, et ouvre la voie au neurofunk qui systématisera sa méthode.
12 morceaux de référence
- Photek : UFO (1995)
- Dom and Roland : Thunder (1998)
- Ed Rush & Optical : Wormhole (1998)
- Konflict : Messiah (2000)
- Ed Rush and Optical : Bacteria (1998)
- Dom & Roland : Industry (1998)
- Noisia : Motion Blur
- Dom & Roland : Elektra
- Ed Rush, Optical & Fierce : Alien Girl
- Dom & Roland : Connected
- Noisia : Alpha Centauri
- Dom & Roland : Spirit Train
Fiche technique
- Tempo : 170 à 180 BPM
- Apparition : vers 1995
- Machines : Akai S3000, Clavia Nord Lead, Roland TR-909, Steinberg Cubase
- Le son : Basse Reese distordue resamplée, Breaks two-step secs, Filtrage et resampling en série, Ambiances SF froides
- Labels : Virus Recordings, Metalheadz, Renegade Hardware, No U-Turn, Individual, Vision Recordings
- Artistes clés : Ed Rush & Optical, Trace, Dom & Roland, Fierce, Bad Company UK (charnière)
Produire ce style
Un cours écrit pour SONAA, en français, à partir des sources citées : un point de départ, pas une recette.
Tempo et groove
Le techstep tourne à 170 BPM, à peine plus lent que la DnB classique, mais il sonne plus froid parce que tout est carré. Le two-step est joué sans swing, sans break entier derrière, et les doubles croches sont rares : le beat respire par ses silences. Le feel est celui d'une machine industrielle : kick sur le 1, caisse claire sur le 2 et le 4, et un kick sur le « et » du 3 qui frappe comme un piston. La différence avec le parent, c'est l'absence de chaleur : pas de fantômes de batteur, pas de charleys chatoyants. Le groove vient de la basse qui tourne sur elle-même et du contraste entre son mouvement et l'immobilité des drums.
La rythmique
Deux couches et pas plus. Un kick très court, sans sub, dont l'énergie est entre 80 et 120 Hz : un 909 avec le decay au minimum, ou un sample de kick de break coupé à 40 ms. Une caisse claire sèche, courte, sans réverbération, montée à 200 Hz et 4 kHz, souvent un sample de Think ou d'Amen isolé et compressé à l'extrême. Charleys minimaux : une double croche sur deux, à vélocité constante, ou un simple charley ouvert sur les contretemps. Ce qui remplace les fantômes, ce sont des percussions métalliques : un rimshot pitché, un coup de tuyau, placés une fois par mesure. Les fills sont des coupures, pas des roulements : retire le kick pendant deux temps avant un drop.
La basse
Le sujet du genre : la Reese distordue et resamplée. Pars de deux scies détunées de 10 à 20 cents en sens opposés, mono, comme le décrit le chapitre Reese du livre d'Attack Magazine, mais ensuite sors du synthé. Enregistre la Reese en audio, passe-la dans un Overdrive (Drive 50 %, Tone 40 %), un filtre passe-bas qui bouge lentement, et une autre distorsion. Réenregistre, filtre à nouveau, réenregistre. Chaque passage ajoute des harmoniques et enlève de la dynamique. La basse finale est une note longue qui vibre par elle-même, sur la fondamentale et la quinte, avec un sub sinusoïdal séparé sous 60 Hz. Kick et basse ne se touchent pas : kick au-dessus de 80 Hz, sub dessous.
Les sons
Le brief cite le Nord Lead et l'Akai S3000, le duo du techstep. Le Nord Lead fournit la matière brute de la Reese, le S3000 la resample et la refiltre : c'est le « filtrage et resampling en série » du brief. Dans Ableton, une chaîne Analog vers Saturator vers Auto Filter vers Roar, avec Freeze puis Flatten entre chaque étape, reproduit le procédé. Les ambiances viennent de samples de science-fiction : dialogues de films dystopiques, bruits de machines, drones métalliques, joués très bas dans le mix. Un seul synthé mélodique, souvent une note tenue avec un filtre résonant, remplace les nappes. Pas de piano, pas de voix chantée, pas de couleur chaude.
L’arrangement
Le techstep abandonne le breakdown émotionnel. Intro de 32 mesures : drone, bruits de machine, un kick isolé qui tombe à des endroits imprévisibles. Drop à la mesure 33 : two-step et Reese en même temps. Le passage dure 64 mesures et la seule variation est la basse, qui change de filtre ou de note toutes les 16. Le breakdown du milieu est court, 16 mesures, et remplace la basse par un drone plus aigu. Second drop avec une seconde version de la basse, plus distordue. Outro de 32 mesures qui laisse la basse s'éteindre sur le kick. Sur 6 minutes, tout tourne autour de la transformation progressive d'un seul son.
Le mix
Le techstep sonne sec parce que rien n'a de réverbération, sauf les ambiances. La batterie est compressée fort (ratio 10:1, attaque 0,3 ms, release 30 ms) et gagne une saturation à 30 %. La Reese resamplée occupe tout le médium, de 100 Hz à 3 kHz, et c'est elle qui est la plus forte de la piste après le kick. Le sub sinusoïdal reste mono à -3 dB sous la Reese. Coupe tout ce qui n'est pas la basse passe-haut à 150 Hz. Un EQ sur le bus général creuse 1 dB à 400 Hz pour enlever le voile. Le master vise -7 LUFS, clipping léger accepté sur le kick. Vérifie le tout sur un casque fermé : c'est là que le genre se joue.
Les plugins et machines
- Clavia Nord Lead 2 (machine) : La Reese de No U-Turn : deux scies détunées de 15 cents, mono, glide, puis enregistrée en audio et retravaillée en dehors du synthé.
- Akai S3000 (machine) : Le resampling en série : la Reese distordue est rechargée dans le sampleur, refiltrée, rejouée, trois ou quatre passes.
- Steinberg Cubase (daw) : Séquenceur des studios de 1997 : breaks two-step secs programmés à la main, kick de 40 ms, caisse claire sans queue.
- Roland TR-909 (machine) : Kick et caisse claire secs qui remplacent le break derrière la basse, souvent en samples plutôt qu'en machine.
- Xfer Serum (plugin) : La Reese moderne : scies détunées, filtre, puis Freeze et Flatten entre chaque étape pour reproduire les passes de resampling.
- Ableton Analog (plugin) : Deux scies détunées, filtre passe-bas et LFO lent pour la Reese de départ, avant la chaîne de distorsion.
- Ableton Roar (plugin) : Distorsion multibande en bout de chaîne, après Saturator et Overdrive à 50 %, pour la basse en vrille façon Wormhole.
- Ableton Auto Filter (plugin) : Passe-bas qui bouge lentement sur la Reese audio, entre deux distorsions, puis resampling ; c'est le mouvement du genre.
Pour commencer
- Règle Ableton à 170 BPM. Programme un two-step avec kick de 40 ms et caisse claire sèche, sans break derrière.
- Crée une Reese sur Analog ou Serum : deux scies détunées de 15 cents en sens opposés, mono, glide court.
- Enregistre-la en audio, passe-la dans Overdrive puis Auto Filter en mouvement, et Freeze puis Flatten. Recommence deux fois.
- Ajoute un sub sinusoïdal sous 60 Hz qui suit la même note, et coupe la Reese passe-haut à 100 Hz.
- Sample des bruits de machine et un dialogue de film de science-fiction, très bas dans le mix.
- Arrange intro 32, drop 64, breakdown 16, drop 64, outro 32, en changeant le filtre de la basse toutes les 16 mesures.
À écouter en travaillant
- Ed Rush & Optical : Wormhole (1998) : la Reese qui tourne comme un moteur, les drums en deux temps sans un gramme de gras.
- Dom & Roland : Thunder (1998) : le kick isolé de l'intro, la basse resamplée jusqu'à devenir bruit.
- Photek : UFO (1995) : le prototype, breaks encore complexes mais l'ambiance froide et le sub qui gronde déjà là.
- Konflict : Messiah (2000) : la basse en vrille sur deux notes, le techstep qui bascule vers le neurofunk.
Sources : Attack Magazine, The Secrets of Techno Production (chapitre Basslines, Reese bass) · Connaissances générales · Attack Magazine, The Secrets of Techno Production (chapitres Reese bass wavetable et Broken Beat Techno) · Attack Magazine (Reese Bass Redux) · Wikipedia (Reese bass)
La filiation
Vient de
A donné
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Techstep ?
1996-1998 : la drum and bass se refroidit, breaks industriels en deux temps, basses en vrille, science-fiction dystopique. No U-Turn et Virus en sont les usines, Ed Rush et Optical les ingénieurs en chef. Le techstep déplace le centre du genre du sound system vers le laboratoire, et ouvre la voie…
À quel tempo joue-t-on le Techstep ?
Entre 170 et 180 BPM. Le techstep tourne à 170 BPM, à peine plus lent que la DnB classique, mais il sonne plus froid parce que tout est carré. Le two-step est joué sans swing, sans break entier derrière, et les doubles croches sont rares : le beat respire par…
Quels sont les artistes clés du Techstep ?
Ed Rush & Optical, Trace, Dom & Roland, Fierce, Bad Company UK (charnière).
Avec quoi produit-on du Techstep ?
Akai S3000, Clavia Nord Lead, Roland TR-909, Steinberg Cubase, Clavia Nord Lead 2, Xfer Serum, Ableton Analog, Ableton Roar, Ableton Auto Filter.