Darkcore
Breaks · 1990 · 140 à 155 BPM · aussi appelé Dark Hardcore, Darkside
L'hiver 1992-1993 du hardcore anglais : l'euphorie retombe, les pianos disparaissent, les breaks se voilent de nappes anxieuses et de samples d'horreur. Mr Kirk's Nightmare annonce la couleur : la rave découvre son revers. Le darkcore est le sas par lequel le hardcore devient jungle, et la période Reinforced de Goldie son cœur battant. À ne pas confondre avec le darkcore gabber moderne, autre monde, autre famille.
6 morceaux de référence
- 4hero : Mr Kirk's Nightmare (1990)
- Rufige Kru : Terminator (1992)
- Doc Scott : Here Come the Drumz (1992)
- Metalheads : Terminator (1992)
- Origin Unknown : Valley Of The Shadows (1993)
- DJ Crystl : Warpdrive (1993)
Fiche technique
- Tempo : 140 à 155 BPM
- Apparition : vers 1990
- Machines : Akai S950, Commodore Amiga, Roland TR-909, Steinberg Cubase
- Le son : Breaks assombris et pitchés, Nappes mineures, Samples de films d'horreur, Basses sub menaçantes
- Labels : Reinforced Records, Moving Shadow, Formation
- Artistes clés : 4hero, Goldie (Rufige Kru), Doc Scott, DJ Crystl, Origin Unknown
Produire ce style
Un cours écrit pour SONAA, en français, à partir des sources citées : un point de départ, pas une recette.
Tempo et groove
Le darkcore garde le tempo du hardcore de 1992 mais le pousse : 150 à 160 BPM, la zone où le break commence à courir tout seul. Le feel change du tout au tout : là où le hardcore rebondit, le darkcore glisse. Les breaks ne sont plus pitchés vers le haut mais time-stretchés, parfois pitchés vers le bas, ce qui leur donne un côté traînant et froid. Pas de kick 4/4 continu sous le break : il apparaît par sections, pour le poids. Compte en mesures de 4 mais pense par blocs de 32 : les nappes changent lentement, les breaks vite. Le contraste entre les deux vitesses est le cœur du style.
La rythmique
Le break est time-stretché à l'Akai S950 : au lieu de le transposer pour le faire coller au tempo, tu l'étires, ce qui crée des grains et des artefacts métalliques sur les cymbales. Dans Ableton, warp en mode Beats avec Transient Loop Mode sur Loop Back et un Transient Envelope court reproduit l'effet ; en mode Complex ou Texture, tu obtiens un flou plus aquatique, typique de Goldie. Programme le break en deux couches : une version entière pour le corps, et des coupes courtes (kick seul, caisse claire seule) rejouées pour créer des redoublements. Ajoute une TR-909 : kick en renfort sur le temps 1 et sur le « et » du 3, rimshot en doubles croches épars, cymbale ride crash sur les changements.
La basse
Le sub darkcore est menaçant parce qu'il bouge peu et descend bas. Une sinusoïde ou un triangle d'Operator, entre 35 et 50 Hz, jouée en notes longues de une ou deux mesures, avec un léger glissando entre deux notes distantes d'une quarte ou d'une quinte descendante. C'est l'inverse du sub dub du hardcore qui rebondissait. Une seconde couche, un carré filtré passe-bas à 200 Hz, suit la même note mais avec une attaque de 30 ms et une distorsion légère, pour que la basse s'entende sur de petits systèmes. Le kick du break passe au-dessus de ce sub dans le spectre : filtre le kick vers 60 Hz et laisse le sub en dessous.
Les sons
Les nappes remplacent les pianos. Un accord mineur tenu, souvent une tierce mineure et une quinte sans la tonique, joué sur un Juno ou sur Analog avec deux dents de scie détunées, filtre passe-bas ouvert lentement sur 8 mesures. Par-dessus, des samples de films d'horreur : dialogues, cris, souffles, portes qui grincent, chargés dans Simpler avec une réverbération longue (4 s) et un pitch de -5 demi-tons. Le brief cite la Commodore Amiga : les trackers comme OctaMED donnaient un son 8 bits granuleux que tu retrouves avec Redux (Bit Depth 8, pas de downsample). Ajoute une voix pitchée vers le bas plutôt que vers le haut, un seul mot répété, et un stab de cuivres samplé sur un disque de bande originale.
L’arrangement
Un darkcore dure 6 minutes et joue sur l'attente. Intro de 32 mesures : nappe seule, puis des bribes de break qui apparaissent et disparaissent, un sample de dialogue. Première entrée du break entier et du sub à la mesure 33, sans montée, presque à froid. Ensuite, des sections de 32 mesures où seul un élément change à la fois. Le milieu du morceau est un long breakdown où le break disparaît et où la nappe monte d'un demi-ton, comme dans Valley of the Shadows. Le dernier tiers rajoute le kick 909 sous le break pour le poids final. La fin est brutale : coupure sur un sample de voix, ou fondu de la nappe seule pendant 8 mesures.
Le mix
Tout doit sonner lourd et voilé. Le break passe dans un filtre passe-bas à 8 kHz avec une résonance légère, puis dans un compresseur lent (attaque 30 ms, release 300 ms, ratio 3:1) pour l'arrondir, à l'opposé du hardcore brillant. Les nappes prennent une réverbération de 6 secondes avec un pré-délai de 40 ms, à -12 dB sous le break. Le sub reste mono, sans traitement, et c'est le seul élément non compressé. Une saturation à bande sur le bus général (Saturator en Soft Sine, Drive 4 dB) enlève le tranchant. Vise -9 LUFS, et accepte un master moins fort que la moyenne : le darkcore sonne fort parce qu'il est sombre, pas parce qu'il est limité.
Les plugins et machines
- Akai S950 (machine) : Breaks pitchés vers le bas et voix ralenties : c'est sa conversion 12 bits qui assombrit le hardcore de l'hiver 1992.
- Commodore Amiga avec OctaMED (daw) : Le tracker à 8 bits des chambres de Londres : tu tapes les breaks colonne par colonne, ce qui donne le découpage sec de l'époque Reinforced.
- Roland TR-909 (machine) : Kick et caisse claire posés sous le break pour que le morceau tienne en rave ; samples 909 ou D16 Drumazon aujourd'hui.
- Steinberg Cubase (daw) : Le séquenceur MIDI des studios mieux équipés, pour synchroniser sampleur, 909 et synthé de nappes.
- Roland Juno-106 (machine) : Nappes mineures tenues, tierce et quinte sans tonique, filtre ouvert lentement sur 8 mesures ; Ableton Analog ou TAL-U-NO-LX font le même travail.
- Ableton Redux (plugin) : 12 bits et downsampling sur le break pour voiler les cymbales et retrouver le grain sale de l'Akai.
- Ableton Saturator (plugin) : Sur le bus batterie après Redux, pour souder break pitché et kick 909 en une seule masse sombre.
- Ableton Operator (plugin) : Sub sinusoïdal menaçant sous le break, avec un second carré filtré à 200 Hz légèrement saturé.
Pour commencer
- Règle Ableton à 155 BPM. Importe un break Amen ou Think, warp en mode Beats, Loop Back court, et écoute les artefacts apparaître.
- Coupe le break en deux tracks : le break entier, et des tranches kick et caisse claire rejouées pour des redoublements.
- Crée un sub d'Operator vers 40 Hz en notes longues avec glide, et un second carré filtré à 200 Hz légèrement saturé.
- Pose une nappe mineure sur Analog (deux scies détunées) et automatise le cutoff sur 8 mesures.
- Sample deux dialogues de film, pitch -5, réverbération 4 s, et place-les dans l'intro et le breakdown.
- Arrange par blocs de 32 mesures, ajoute le kick 909 au dernier tiers, et termine par une coupure nette.
À écouter en travaillant
- 4hero : Mr Kirk's Nightmare (1990) : le sample d'annonce de décès et le break lourd, l'acte de naissance du côté sombre.
- Rufige Kru : Terminator (1992) : le time-stretch comme effet, les voix étirées et grinçantes, Goldie invente un son en abusant d'une fonction.
- Origin Unknown : Valley Of The Shadows (1993) : le dialogue « long dark tunnel », la nappe qui monte, le sub qui tient tout.
- Doc Scott : Here Come the Drumz (1992) : la transition vers la jungle, breaks redoublés et stabs de cuivres samplés.
Sources : Connaissances générales · Wikipedia (OctaMED, Akai S950) · Attack Magazine · Sound on Sound
La filiation
Vient de
A donné
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Darkcore ?
L'hiver 1992-1993 du hardcore anglais : l'euphorie retombe, les pianos disparaissent, les breaks se voilent de nappes anxieuses et de samples d'horreur. Mr Kirk's Nightmare annonce la couleur : la rave découvre son revers. Le darkcore est le sas par lequel le hardcore devient jungle, et la période…
À quel tempo joue-t-on le Darkcore ?
Entre 140 et 155 BPM. Le darkcore garde le tempo du hardcore de 1992 mais le pousse : 150 à 160 BPM, la zone où le break commence à courir tout seul. Le feel change du tout au tout : là où le hardcore rebondit, le darkcore glisse. Les breaks ne sont plus…
Quels sont les artistes clés du Darkcore ?
4hero, Goldie (Rufige Kru), Doc Scott, DJ Crystl, Origin Unknown.
Avec quoi produit-on du Darkcore ?
Akai S950, Commodore Amiga, Roland TR-909, Steinberg Cubase, Commodore Amiga avec OctaMED, Roland Juno-106, Ableton Redux, Ableton Saturator, Ableton Operator.