Breakbeat
Breaks · 1988 · 120 à 140 BPM · aussi appelé Break Beat, Breaks
Le terme racine : construire la musique sur un break de batterie samplé plutôt que sur une grille programmée. L'Amen break des Winstons, le Funky Drummer de James Brown : quelques secondes de batterie enregistrées en 1969-1970 deviennent, vingt ans plus tard, l'ADN du hardcore, de la jungle et de tout ce que l'Angleterre fera de syncopé. Ce noeud documente la matière première.
8 morceaux de référence
- The Winstons : Amen Brother (1969)
- James Brown : Funky Drummer (1970)
- Coldcut : Beats and Pieces (1987)
- The Prodigy : Out of Space (1992)
- The Prodigy : Voodoo People (1994)
- The Prodigy : No Good (Start the Dance) (1994)
- The Prodigy : Firestarter (1996)
- The Chemical Brothers : Block Rockin' Beats (1997)
Fiche technique
- Tempo : 120 à 140 BPM
- Apparition : 1988
- Machines : Akai S950, Akai S1000
- Le son : Amen break, Funky Drummer, Akai S950 et S1000, Time-stretching, Découpe de breaks au sampler
- Labels : Street Sounds, Music of Life, XL Recordings
- Artistes clés : The Winstons (à leur insu), Clyde Stubblefield, Coldcut, Bomb the Bass
Produire ce style
Un cours écrit pour SONAA, en français, à partir des sources citées : un point de départ, pas une recette.
Tempo et groove
Le breakbeat de base n'a pas un tempo fixe : il a celui de la boucle que tu samples. Funky Drummer tourne autour de 100 BPM, Amen Brother autour de 136 BPM. À la fin des années 1980, les producteurs anglais les jouaient entre 110 et 130 BPM, puis The Prodigy les a poussés vers 140. Le feel vient du batteur, pas de ta grille : les charleys ne tombent jamais exactement sur la double croche, la caisse claire traîne un peu. Garde ce flou. Si tu quantises tout à 100 %, tu perds justement ce que tu es venu chercher. Règle ton DAW à 120 BPM, importe un break, et laisse-le te dicter son swing plutôt que l'inverse.
La rythmique
Tout part de deux à quatre mesures de batterie enregistrée : Amen, Funky Drummer, Think, Apache. Charge le break dans Simpler en mode Slice (l'équivalent moderne du découpage à l'Akai S950), avec un découpage par transitoires. Tu obtiens un kick, une caisse claire, un charley et des fantômes déjà joués. Rejoue-les sur ton clavier : kick sur le temps 1 et le « et » du 2, caisse claire sur les temps 2 et 4, et surtout garde les ghost notes de caisse claire à vélocité 40 ou 50 entre les temps. Double le kick du break avec un kick de TR-909 court pour qu'il porte, et le snare avec un clap discret.
La basse
Sur les premiers disques breakbeat, la basse est souvent elle aussi un sample : une ligne de funk coupée sur une note, ou un sub de synthé très simple. Aujourd'hui, prends un Operator avec une seule sinusoïde, ou un Trilian réglé sur un preset Moog, et joue des noires ou des croches sur la fondamentale, avec une note de passage à la quinte ou à l'octave au quatrième temps. Ce qui compte, c'est le rapport au kick samplé : le kick d'un break a déjà du bas vers 60 à 80 Hz, alors laisse la basse s'arrêter à la note et évite les tenues longues. Un sidechain léger (ratio 4:1, release 80 ms) depuis le kick suffit à tout aligner.
Les sons
Les machines du brief sont les Akai S950 et S1000 : 12 bits pour le premier, 16 bits pour le second. C'est leur conversion et leur time-stretch qui donnent le grain métallique des vieux disques. Dans Ableton, tu retrouves ce grain en passant le break dans Redux (Downsample vers 22 kHz, Bit Depth 12) ou en activant le warp en mode Beats avec Preserve réglé sur Transients et la boucle des grains courte. Le reste, c'est du collage : stabs de cuivres ou de piano samplés sur un disque, bribes de voix coupées au mot, sirènes, et scratchs. Coldcut et Bomb the Bass empilaient ainsi des dizaines de sources sur une seule boucle. Fais pareil, mais choisis trois ou quatre samples forts, pas trente.
L’arrangement
Le breakbeat originel est une musique de collage, pas de montée. Structure de base : intro de 8 mesures sur le break seul, puis entrée de la basse et du stab principal à la mesure 9, pont de 8 mesures avec un sample de voix ou un scratch, retour du break complet. Change de sample de voix tous les 16 temps pour tenir l'attention. Un morceau tient en 4 à 5 minutes. Le truc des Prodigy de 1992 : couper toute la batterie pendant 2 mesures, laisser une nappe ou un vocal, puis relancer le break avec un roulement de caisse claire samplé sur la dernière mesure. Termine sur 8 mesures de break seul pour faciliter le mix des DJs.
Le mix
Un break samplé arrive déjà mixé : réverbération, compression et couleur de la console d'origine sont dedans. Ton travail est de le renforcer, pas de le nettoyer. Filtre passe-haut vers 40 Hz, un coup de compression avec attaque rapide (1 ms) et release courte (50 ms) pour faire ressortir les fantômes, et un peu de saturation à lampes (Saturator en mode Analog Clip, Drive 6 dB) pour souder le tout. Les stabs et vocaux vont sur un bus séparé, avec une réverbération plate courte. Mets le break à -10 dB sur le master, le sub juste en dessous, et vise -8 LUFS intégrés pour les versions club, sans limiter davantage : les vieux disques respiraient.
Les plugins et machines
- Akai S950 (machine) : Le sampleur 12 bits qui a découpé les premiers breaks : son time-stretch métallique et sa conversion granuleuse sont le grain du genre, aujourd'hui imité par Redux.
- Akai S1000 (machine) : Son successeur 16 bits, plus propre et stéréo, pour les stabs et les voix ; c'est lui qui accélère les breaks des Prodigy de 1992.
- Breaks funk originaux (Amen Brother, Funky Drummer, Think, Apache) (samples) : La matière première : deux à quatre mesures de batterie enregistrée que tu découpes, pitches et rejoues ; pars toujours d'un break plutôt que d'une grille.
- Ableton Simpler (plugin) : En mode Slice par transitoires, il remplace le découpage à l'Akai : chaque frappe du break devient une pad que tu rejoues au clavier.
- Ableton Redux (plugin) : Downsample vers 22 kHz et 12 bits sur le bus batterie pour retrouver la crasse du S950 sans posséder la machine.
- Roland TR-909 (machine) : Un kick court doublé sous le kick du break pour qu'il porte en club ; les samples 909 ou l'émulation D16 Drumazon suffisent.
- Ableton Operator (plugin) : Une seule sinusoïde pour le sub sous la boucle : noires ou croches sur la fondamentale, sidechain léger depuis le kick samplé.
- Spectrasonics Trilian (plugin) : Pour une basse funk jouée ou un preset Moog rond quand tu ne veux pas sampler une ligne sur un disque.
Pour commencer
- Règle Ableton à 120 BPM et importe un break libre de droits (ou l'Amen pour t'entraîner). Warp en mode Beats, Preserve Transients.
- Découpe-le dans Simpler en mode Slice par transitoires et rejoue un pattern kick 1 et « et » du 2, caisse claire 2 et 4, fantômes à vélocité 45.
- Ajoute un kick 909 sous le kick samplé et une sinusoïde d'Operator qui joue la fondamentale en croches, sidechain léger sur le kick.
- Choisis trois samples : un stab, une bribe de voix, un bruit. Place-les toutes les 2 ou 4 mesures pour créer un jeu de question réponse.
- Monte une structure 8-16-8-16-8 mesures avec une coupure de batterie de 2 mesures avant chaque retour.
- Passe le bus batterie dans Redux (12 bits) puis Saturator, et vérifie que le break reste le plus fort de la piste.
À écouter en travaillant
- The Winstons : Amen Brother (1969) : à 1 min 26, les quatre mesures de batterie seule que toute la famille a découpées ; écoute les ghost notes de caisse claire.
- James Brown : Funky Drummer (1970) : le break de Clyde Stubblefield vers 5 min 20, charleys ouverts sur les contretemps, tout est dans le jeu de mains.
- Coldcut : Beats and Pieces (1987) : le collage anglais, break de batterie sous une pluie de samples de voix et de cuivres.
- The Prodigy : Out of Space (1992) : un break accéléré, un sample de reggae ralenti, et le contraste entre les deux qui fait le morceau.
Sources : Connaissances générales · Wikipedia (Amen break, Akai S950) · Attack Magazine (Slicing Breakbeats Like Nia Archives) · Sound on Sound
La filiation
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A donné
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Breakbeat ?
Le terme racine : construire la musique sur un break de batterie samplé plutôt que sur une grille programmée. L'Amen break des Winstons, le Funky Drummer de James Brown : quelques secondes de batterie enregistrées en 1969-1970 deviennent, vingt ans plus tard, l'ADN du hardcore, de la jungle et de…
À quel tempo joue-t-on le Breakbeat ?
Entre 120 et 140 BPM. Le breakbeat de base n'a pas un tempo fixe : il a celui de la boucle que tu samples. Funky Drummer tourne autour de 100 BPM, Amen Brother autour de 136 BPM. À la fin des années 1980, les producteurs anglais les jouaient entre 110 et 130…
Quels sont les artistes clés du Breakbeat ?
The Winstons (à leur insu), Clyde Stubblefield, Coldcut, Bomb the Bass.
Avec quoi produit-on du Breakbeat ?
Akai S950, Akai S1000, Breaks funk originaux (Amen Brother, Funky Drummer, Think, Apache), Ableton Simpler, Ableton Redux, Roland TR-909, Ableton Operator, Spectrasonics Trilian.