Jungle
Breaks · 1994 · 155 à 175 BPM · aussi appelé Jungle Techno
Londres, 1993-1995 : les breaks découpés au scalpel, accélérés à 160, sur des basses de sound system et des voix ragga. La jungle est la première musique authentiquement afro-britannique de l'ère électronique, science du découpage d'Amen et fierté des pirates radio. Son raffinement l'emmènera vers la drum and bass, son esprit ne cesse de revenir à chaque revival.
15 morceaux de référence
- Shy FX : Original Nuttah (1994)
- M-Beat : Incredible (1994)
- Remarc : RIP (1994)
- Krome and Time : The Licence (1994)
- Dillinja : The Angels Fell (1995)
- Nia Archives : Baianá (2022)
- Tim Reaper & Kloke : In Full Effect (2022)
- Damian's Ghost : All I Remember (2022)
- DJ Sofa : Zion Gates (2023)
- DJ Sofa : Love Hurts (2025)
- Pendulum : Tarantula
- LTJ Bukem : Atlantis (I Need You)
- Aphex Twin : Omgyjya-Switch7
- Goldie : Saint Angel
- Goldie : Kemistry
Fiche technique
- Tempo : 155 à 175 BPM
- Apparition : vers 1994
- Machines : Akai S950, Commodore Amiga, Roland TR-909, Steinberg Cubase
- Le son : Amen break disséqué, Basses sub reggae, Samples ragga et dancehall, Time-stretch caractéristique
- Labels : Moving Shadow, Suburban Base Records, V Recordings, Western Lore, Philly Blunt, Rupture
- Artistes clés : Rebel MC, Shy FX, DJ Hype, Remarc, Dillinja (débuts)
Produire ce style
Un cours écrit pour SONAA, en français, à partir des sources citées : un point de départ, pas une recette.
Tempo et groove
La jungle s'installe entre 155 et 165 BPM, avec 160 comme centre de gravité en 1994. C'est plus lent que la drum and bass qui suivra, et le groove est plus chaloupé : les breaks sont joués en entier, avec leur swing d'origine, et tu sens le batteur derrière. Le feel vient de la coexistence de deux vitesses : le break qui court en doubles croches, et la basse reggae qui tombe en noires pointées ou en blanches, comme si elle était à 80 BPM. Cette moitié de tempo pour la basse et les voix, c'est ce qui rend la jungle dansable par un public de sound system. Garde ce double sens en tête à chaque décision.
La rythmique
L'Amen disséqué est le sujet principal. Découpe le break en 16 tranches par mesure dans Simpler ou avec Slice to MIDI, puis réécris-le : le kick du break sur le temps 1, la caisse claire sur les temps 2 et 4, mais aussi une caisse claire décalée d'une double croche avant le temps 4, et des paires de kicks rapides sur le « et » du 3. Change le motif toutes les 2 mesures : c'est ce que faisaient Remarc et Shy FX. Utilise deux ou trois breaks empilés à des hauteurs différentes (Amen, Think, Hot Pants), chacun filtré différemment. Pas de kick 909 en 4/4 : le kick du break suffit, doublé au besoin d'un kick court samplé. Les roulements de caisse claire en triples croches annoncent les drops.
La basse
La basse jungle est un sub de sound system : une sinusoïde pure ou un triangle d'Operator entre 40 et 55 Hz, jouée lentement. Motif classique : fondamentale sur le temps 1 pendant une noire pointée, silence, puis descente à la quarte inférieure sur le « et » du 3, comme une ligne de roots reggae ralentie. Deux notes par mesure suffisent souvent. Ajoute une octave au-dessus avec un carré filtré très doux pour les petits systèmes, et un pitch bend d'un ton descendant sur les notes longues, effet « wobble » de dub. Le kick du break étant léger dans le grave, le sub occupe tout l'espace sous 80 Hz sans sidechain. Coupe-le net avant chaque roulement pour que le drop respire.
Les sons
Le brief cite l'Akai S950, l'Amiga, la TR-909 et Cubase : un studio de chambre. Le time-stretch du S950 sur les voix ragga donne ce grain granuleux : dans Ableton, warp en mode Texture (Grain Size 40 ms, Flux 20 %) sur une a cappella dancehall ralentie. Les voix sont des extraits de toasting jamaïcain, des sirènes de sound system, et des cris de foule. Ajoute des stabs de piano ou de cuivres samplés sur des disques de reggae, joués une mesure sur quatre. Un synthé unique suffit : une nappe fine sur Analog pour les intros. Dans le doute, retire le synthé et ajoute un sample. La jungle est une musique de disques, pas de claviers.
L’arrangement
Une jungle de 1994 dure 5 à 6 minutes et se structure comme un morceau de sound system. Intro de 16 à 32 mesures avec le sample de voix, une nappe et des bribes de break. Premier drop à la mesure 33 : break complet et sub en même temps, sans montée. Le premier passage tient 32 mesures, puis un breakdown de 16 mesures où seule la voix reste, avec un roulement final. Deuxième drop avec un break différent ou un motif de découpage plus complexe. Le morceau contient souvent un « switch » : la basse change de note ou de motif au milieu d'une section, sans prévenir. La fin est un outro de 16 mesures en break seul pour le DJ.
Le mix
Les breaks vont au premier plan, saturés et compressés fort : un compresseur rapide (attaque 0,5 ms, release 40 ms, ratio 8:1) sur chaque break, puis un bus commun avec un Glue Compressor et un peu d'Overdrive à 20 %. Filtre chaque break différemment : le principal plein, le second passe-haut à 400 Hz, le troisième passe-bande autour de 2 kHz. Le sub reste seul sous 80 Hz, mono, sans compression. Les voix ragga demandent un passe-haut à 200 Hz et un délai en croche pointée avec feedback 30 %. Ne cherche pas la propreté : un peu de bruit, un léger downsample (Redux 12 bits) et un master à -8 LUFS avec un limiteur doux donnent le son de l'époque.
Les plugins et machines
- Akai S950 (machine) : Le cœur de la jungle : Amen découpé et time-stretché à 160 BPM, voix ragga rendues granuleuses par son stretch 12 bits.
- Commodore Amiga avec OctaMED (daw) : Le tracker d'Aphrodite, Omni Trio et Urban Shakedown : breaks tapés à la double croche, deux Amiga côte à côte pour plus de pistes.
- Steinberg Cubase (daw) : Le séquenceur MIDI qui pilote le S950 quand le budget dépasse l'Amiga ; édition note par note des tranches d'Amen.
- Roland TR-909 (machine) : Kick doublé sous l'Amen pour le poids en sound system ; un sample 909 ou D16 Drumazon suffit.
- Ableton Simpler (plugin) : Slice to MIDI par transitoires sur l'Amen, puis réécriture des tranches ; c'est l'équivalent moderne du découpage Akai, avec Redux derrière pour le grain.
- Ableton Operator (plugin) : Sub sinusoïdal reggae en notes longues sous les breaks, une octave sous la basse jouée, avec un peu d'Overdrive sur le bus.
- Ableton Glue Compressor (plugin) : Sur le bus des breaks superposés, pour les faire respirer ensemble avant un Overdrive à 20 %.
- Baby Audio BA-1 (plugin) : Émulation du Yamaha CS01 avec effets bon marché intégrés, parfaite pour une basse old school wobble et les sirènes de sound system.
Pour commencer
- Règle Ableton à 160 BPM. Importe l'Amen et un second break, Slice to MIDI par transitoires.
- Réécris le break en changeant le motif toutes les 2 mesures : caisse claire décalée, doubles kicks, roulement sur la mesure 8.
- Crée un sub d'Operator vers 45 Hz sur un motif reggae de deux notes par mesure, avec un pitch bend descendant sur les longues.
- Ralentis une a cappella ragga en mode Texture et coupe-la en phrases pour l'intro et les breakdowns.
- Ajoute un stab de piano samplé une mesure sur quatre et une sirène de sound system sur les transitions.
- Arrange intro 32, drop 32, breakdown 16, drop 32, outro 16, et sature le bus breaks avant de mixer le sub en dessous.
À écouter en travaillant
- Shy FX : Original Nuttah (1994) : la voix d'UK Apache, le sub qui tombe en noires pointées, l'Amen qui change toutes les deux mesures.
- Remarc : RIP (1994) : le découpage d'Amen le plus fou de l'époque, chaque mesure est un nouveau motif.
- M-Beat : Incredible (1994) : General Levy au micro, la formule jungle qui entre dans les charts anglais.
- Nia Archives : Baianá (2022) : la jungle revisitée, breaks propres et sub moderne, la structure de 1994 tenue avec les outils d'aujourd'hui.
Sources : Connaissances générales · Wikipedia (Amen break, OctaMED) · Attack Magazine (Slicing Breakbeats Like Nia Archives, jungle bass avec BA-1, Make Your Own Jungle FX) · MusicRadar
La filiation
Vient de
A donné
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Jungle ?
Londres, 1993-1995 : les breaks découpés au scalpel, accélérés à 160, sur des basses de sound system et des voix ragga. La jungle est la première musique authentiquement afro-britannique de l'ère électronique, science du découpage d'Amen et fierté des pirates radio. Son raffinement l'emmènera vers…
À quel tempo joue-t-on le Jungle ?
Entre 155 et 175 BPM. La jungle s'installe entre 155 et 165 BPM, avec 160 comme centre de gravité en 1994. C'est plus lent que la drum and bass qui suivra, et le groove est plus chaloupé : les breaks sont joués en entier, avec leur swing d'origine, et tu sens…
Quels sont les artistes clés du Jungle ?
Rebel MC, Shy FX, DJ Hype, Remarc, Dillinja (débuts).
Avec quoi produit-on du Jungle ?
Akai S950, Commodore Amiga, Roland TR-909, Steinberg Cubase, Commodore Amiga avec OctaMED, Ableton Simpler, Ableton Operator, Ableton Glue Compressor, Baby Audio BA-1.