Ragga Jungle
Breaks · 1991 · 160 à 175 BPM · aussi appelé Jungle Ragga
La jungle au micro : voix dancehall et reggae, basses de sound system, culture jamaïcaine de Londres assumée en première ligne. 1994-1996 en âge d'or, avec Congo Natty en gardien de la flamme depuis. C'est la jungle la plus directement héritière du dub, et la plus festive.
15 morceaux de référence
- Rebel MC : Wickedest Sound (1991)
- Top Cat : Ruffest Gun Ark (1995)
- Dead Dred : Dred Bass (1994)
- Aphrodite : King Of The Beats (1996)
- Congo Natty : Junglist (1995)
- Shy FX & UK Apache : Original Nuttah (1994)
- M-Beat feat. General Levy : Incredible (1994)
- Remarc : R.I.P. (1995)
- Deekline : I Don't Smoke (1999)
- Congo Natty : Jungle Souljah
- M-Beat : Style
- Bong-Ra : Murder You
- Bong-Ra : Dub Murderer
- Congo Natty : Jahovia
- Chase & Status : Dumpling Riddim
Fiche technique
- Tempo : 160 à 175 BPM
- Apparition : vers 1991
- Machines : Sound system, Akai S950, Commodore Amiga, Steinberg Cubase
- Le son : Accapellas ragga et dancehall, Amen et breaks toastés, Basses sub dub, Sirènes de sound system
- Labels : Congo Natty, Dread Recordings, Serial Killaz, Philly Blunt, Original Key, Renk Records
- Artistes clés : Congo Natty (Rebel MC), Top Cat, General Levy, Dead Dred, Chopstick Dubplate
Produire ce style
Un cours écrit pour SONAA, en français, à partir des sources citées : un point de départ, pas une recette.
Tempo et groove
La ragga jungle tourne entre 160 et 170 BPM, le tempo de la jungle de 1994-1995. Ce qui la distingue de la jungle générale, c'est que la voix mène : le feel est dicté par le flow du deejay jamaïcain, qui compte en 80 ou 85 BPM, la moitié du tempo. Les breaks sont donc moins découpés que chez Remarc, pour laisser la voix respirer, et la basse suit une pulsation de dancehall (le « one drop » ou le rythme « bam bam ») ralentie. Pense sound system : le morceau doit fonctionner comme une version de reggae accélérée, avec la voix devant et les drums derrière, et un espace pour que le MC en live rentre dedans.
La rythmique
L'Amen et les breaks toastés du brief : un Amen ou un Think joué assez entier, à 165 BPM, avec les coupes qui suivent les fins de phrases de la voix plutôt que la grille. Kick du break sur le 1, caisse claire sur le 2 et le 4, et une caisse claire supplémentaire sur le « et » du 4 en fin de phrase. Ajoute un rimshot 909 sur le 3 pour le côté dancehall, et une cloche ou un timbale sample de reggae une fois par mesure. Les roulements de caisse claire arrivent quand le deejay dit « rewind » ou « selecta ». Une variante utilise le pattern « bam bam » (kick sur 1, « et » du 2, et 4) sous le break, pour le poids jamaïcain.
La basse
Le sub dub du brief : la basse la plus lente de la famille. Un Operator en sinusoïde ou un carré filtré passe-bas à 150 Hz, entre 40 et 55 Hz, qui joue une vraie ligne de reggae : fondamentale sur le 1, quinte sur le « et » du 2, retour à la fondamentale sur le 4, puis silence, comme une basse de Sly and Robbie ralentie. Les notes durent une noire pointée, avec une release de 200 ms. Ajoute un glissando d'un ton sur la première note de chaque phrase. Le kick du break est léger : le sub tient le bas sans sidechain. Coupe le sub d'un coup sec avant chaque « rewind », et ramène-le sur le premier temps après la voix.
Les sons
Les a cappella ragga et dancehall sont la matière première : Top Cat, General Levy, ou des voix libres de droits d'un deejay jamaïcain, coupées en phrases, jouées à leur hauteur d'origine ou pitchées de +2 demi-tons pour coller au tempo. Les sirènes de sound system sont des oscillateurs qui montent et descendent (Operator, scie, pitch envelope de 2 octaves sur 1 s) avec un délai en croche. Ajoute des cornes de brume, des tirs de laser, un « pull up » samplé, et un skank de guitare ou d'orgue samplé sur un disque de reggae, joué sur les contretemps. Le brief cite le S950, l'Amiga et Cubase : sample tout, joue peu.
L’arrangement
Une ragga jungle dure 5 à 6 minutes et se structure autour de la voix, comme une chanson de dancehall. Intro de 16 mesures : voix a cappella, sirène, un break filtré. Drop à la mesure 17 : break entier, sub, voix qui continue. Le couplet dure 32 mesures. Puis un « rewind » : tout s'arrête, la voix répète une phrase, roulement, et le drop repart. Un breakdown de 16 mesures garde le sub et la voix, sans break. Second couplet avec un break différent ou pitché. Outro de 16 mesures en break seul. Le refrain vocal revient à chaque drop. Le morceau doit permettre au DJ de rembobiner lui-même sur le sound system.
Le mix
Le mix ragga jungle fait passer la voix devant tout. Coupe-la passe-haut à 150 Hz, compresse-la fort (ratio 6:1, attaque 3 ms) pour qu'elle reste constante, et ajoute un délai en croche pointée avec un filtre passe-bas à 3 kHz, feedback 35 %. Le sub est seul sous 80 Hz, mono, et c'est lui qui est le plus fort de la piste après la voix. Les breaks sont compressés et saturés (Overdrive 25 %) mais passent derrière la voix, coupés passe-haut à 100 Hz. Une réverbération à ressort (Reverb en mode court, ou un sample de spring) sur les sirènes et les stabs donne le son de dub. Master à -8 LUFS, avec de la place pour un MC en live.
Les plugins et machines
- Akai S950 (machine) : Amen et voix dancehall ralenties ou accélérées dans le sampleur : le grain 12 bits fait partie du son Congo Natty.
- Commodore Amiga avec OctaMED (daw) : Le tracker de Rebel MC et des pirates de 1994 : a cappella collée aux breaks tapés colonne par colonne.
- Steinberg Cubase (daw) : Séquenceur pour piloter sampleur et sub, avec les a cappella posées comme du MIDI pour changer de toasteur à chaque 16 mesures.
- Sound system (materiel) : Le morceau se juge sur un mur de basses : le sub doit passer un stack et la sirène être jouée en direct par le MC.
- A cappella dancehall et sirènes de sound system (samples) : Voix de Top Cat, General Levy ou versions de riddims, coupées en phrases, plus sirènes, gunshots et rewinds.
- Ableton Simpler (plugin) : Warp en mode Texture (Grain Size 40 ms) sur une a cappella pour retrouver le stretch granuleux du S950.
- Ableton Operator (plugin) : Sub dub en notes longues à la ronde ou à la blanche, avec un peu d'Overdrive pour qu'il s'entende sur petites enceintes.
- u-he Zebra2 (plugin) : Pour fabriquer tes propres sirènes dub : oscillateur tri-saw-pulse, LFO sur le pitch, distorsion à lampes et délai.
Pour commencer
- Règle Ableton à 165 BPM. Importe une a cappella dancehall, coupe-la en phrases, pitche-la de +2 demi-tons si besoin.
- Pose un Amen assez entier avec des coupes qui suivent les fins de phrases, et un rimshot 909 sur le 3.
- Crée un sub d'Operator sur une ligne de reggae (fondamentale, quinte, fondamentale, silence) en noires pointées, release 200 ms.
- Ajoute une sirène (Operator scie avec pitch envelope de 2 octaves) et un skank d'orgue samplé sur les contretemps.
- Arrange intro 16 sur la voix, drop 32, rewind avec roulement, breakdown 16 sur sub et voix, second couplet, outro 16.
- Compresse la voix fort avec un délai filtré, laisse le sub seul en bas, et garde le master à -8 LUFS.
À écouter en travaillant
- Shy FX & UK Apache : Original Nuttah (1994) : le flow d'UK Apache mène, le sub tombe en noires pointées, le break suit la voix.
- Dead Dred : Dred Bass (1994) : la basse en avant, un seul motif de sub qui rebondit, le morceau tient sur lui.
- Top Cat : Ruffest Gun Ark (1995) : le deejay jamaïcain sur un Amen, le format ragga jungle pur.
- Congo Natty : Junglist (1995) : la culture jamaïcaine de Londres revendiquée, sirènes et sub dub.
Sources : Connaissances générales · Attack Magazine (Make Your Own Jungle FX) · Wikipedia (OctaMED, Amen break) · MusicRadar
La filiation
Vient de
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Ragga Jungle ?
La jungle au micro : voix dancehall et reggae, basses de sound system, culture jamaïcaine de Londres assumée en première ligne. 1994-1996 en âge d'or, avec Congo Natty en gardien de la flamme depuis. C'est la jungle la plus directement héritière du dub, et la plus festive.
À quel tempo joue-t-on le Ragga Jungle ?
Entre 160 et 175 BPM. La ragga jungle tourne entre 160 et 170 BPM, le tempo de la jungle de 1994-1995. Ce qui la distingue de la jungle générale, c'est que la voix mène : le feel est dicté par le flow du deejay jamaïcain, qui compte en 80 ou 85 BPM, la moitié…
Quels sont les artistes clés du Ragga Jungle ?
Congo Natty (Rebel MC), Top Cat, General Levy, Dead Dred, Chopstick Dubplate.
Avec quoi produit-on du Ragga Jungle ?
Sound system, Akai S950, Commodore Amiga, Steinberg Cubase, Commodore Amiga avec OctaMED, A cappella dancehall et sirènes de sound system, Ableton Simpler, Ableton Operator, u-he Zebra2.