Dub

Roots · 1969 · 60 à 90 BPM · aussi appelé Dub Reggae

Kingston, début des années 1970 : King Tubby et Lee Perry découvrent qu'une console de mixage est un instrument. Ils évident les chansons, gonflent basse et batterie, noient le reste dans l'écho : la version devient une œuvre. Le dub invente le remix, le sound system fait le reste. Sans lui, ni disco dub, ni house, ni jungle, ni dubstep : c'est la racine la plus fertile de cette carte avec la musique concrète.

16 morceaux de référence

  1. Augustus Pablo : King Tubby Meets Rockers Uptown (1976)
  2. King Tubby : Dub Fi Gwan (1976)
  3. Lee Scratch Perry : Roast Fish And Cornbread (1978)
  4. Horace Andy : This Must Be Hell (2022)
  5. The Upsetters : Blackboard Jungle Dub (1973)
  6. Scientist : Dance of the Vampires (1981)
  7. O.B.F. : Dubquake 2016 (2021)
  8. Young Warrior : Zulu Charge (2021)
  9. Horace Andy : Safe From Harm (2022)
  10. Khruangbin : White Gloves (2022)
  11. Augustus Pablo : Stop Them Jah
  12. Augustus Pablo : Each One Dub
  13. Augustus Pablo : 555 Dub Street
  14. Augustus Pablo : Keep on Dubbing
  15. Augustus Pablo : Young Generation Dub
  16. Augustus Pablo : Skanking Dub

Fiche technique

Produire ce style

Un cours écrit pour SONAA, en français, à partir des sources citées : un point de départ, pas une recette.

Tempo et groove

Le dub reprend le tempo du reggae, 60 à 80 BPM en ressenti, ou 120 à 160 si tu comptes en double, avec le one drop : le kick et la caisse claire tombent ensemble sur le 3, le premier temps reste vide. Ce qui change par rapport au reggae : le tempo ne bouge pas, mais le temps est déformé par les échos. Un delay en triolet ou en croche pointée transforme une caisse claire isolée en cascade rythmique. Dans Ableton, règle 70 BPM, grille en croches, et pense en mesures de 4 temps avec la pulsation sur 3. Le swing est léger, 52 à 54 pour cent, joué par le batteur ; le guitariste et le clavier tapent le skank sur les contretemps 2 et 4 (les et), toujours un peu en avance.

La rythmique

La batterie est jouée puis démolie à la console. Le one drop : kick et rimshot ou caisse claire ensemble sur le 3, charley en croches ou doubles croches avec un ouvert sur le et du 4. Le steppers, plus tard, met le kick sur les quatre temps. Programme sur un kit acoustique sec, puis traite : la caisse claire reçoit une reverb à ressort (Reverb en mode Spring d'Hybrid Reverb, ou Convolution Reverb avec une réponse de ressort) et un delay Space Echo en croche pointée, feedback 60 pour cent. Le geste dub, c'est de couper la batterie d'un coup et de ne laisser que la queue de l'écho : automatise le mute de la piste et laisse le retour de delay tourner. Ajoute des percussions ponctuelles, timbales, cloche, avec chaque coup envoyé dans l'écho.

La basse

La basse dub est la fondation, la seule chose qui ne part jamais dans l'écho. Une basse électrique jouée au doigt, grave, ronde, avec des lignes de 2 mesures qui laissent des silences et reviennent sur le 1 ou le 3 : fondamentale, quinte, octave, un passage par la septième mineure. Utilise un sample de basse fingerstyle avec l'aigu coupé à 1,5 kHz, ou un synthé en sinus plus triangle si tu veux une basse plus électronique. Compresse-la fort (ratio 6:1, attaque 20 ms, release 200 ms, 6 dB de réduction) pour un sustain constant, et boost à 60 Hz de 3 dB. Elle doit être entendue avec le corps sur un sound system : monophonique, sans effet, énorme. King Tubby la faisait sauter puis revenir : automatise des mutes de 2 mesures, jamais plus.

Les sons

Le brief nomme la console, le Roland RE-201 Space Echo, l'écho à bande, la reverb à ressort et le sound system. La console est l'instrument : envois auxiliaires, mutes, EQ passe-haut brutal. Dans Ableton, mets Echo en mode tape sur un retour, feedback entre 50 et 90 pour cent, temps en croche pointée ou triolet, avec la fonction Wobble pour l'instabilité de la bande, et automatise le feedback en direct pour les envolées jusqu'à l'auto-oscillation. Une seconde piste de retour avec une reverb à ressort courte pour les caisses claires et les stabs. Le matériau musical vient d'un riddim reggae : skank de guitare ou d'orgue sur les contretemps, mélodica comme chez Augustus Pablo, cuivres en phrases courtes, voix en fragments d'un demi-mot.

L’arrangement

Un dub est la version d'une chanson : compose ou récupère d'abord un riddim complet de 3 à 4 minutes, avec voix, puis crée le dub en le déconstruisant. La structure vient des mutes : 8 mesures de basse et batterie, entrée du skank envoyé dans l'écho, un fragment de voix qui part en cascade, coupure de la batterie pendant 2 mesures avec seulement l'écho, retour. Chaque fois qu'un élément entre, il est envoyé dans le delay ; chaque fois qu'il sort, sa queue reste. Le climax est un feedback qui monte jusqu'à hurler puis coupe net. Durée 3 à 5 minutes, 6 à 7 pour une version étendue. Enregistre le dub en une seule prise d'automation de la console, avec ses erreurs : la spontanéité du mix live fait partie du style.

Le mix

Le dub est un mix qui se joue : le mixage est la composition. Le grave est énorme et mono, coupé net sous 35 Hz, avec la basse et le kick qui se touchent sans sidechain. Les passe-haut sont utilisés comme instruments : une automation d'EQ Eight qui coupe tout sous 500 Hz pendant 2 mesures puis rouvre est un geste classique. Le Space Echo doit saturer : mets un Saturator ou un Drive dans la boucle de retour, et un passe-haut à 300 Hz dans le retour pour que l'écho ne salisse pas le grave. La reverb à ressort reste courte et métallique. Peu de compression de master, un Glue à 2 dB, et un limiteur avec de la marge : cible moins 12 LUFS, mais surtout du poids sous 100 Hz, à vérifier sur un caisson.

Les plugins et machines

Pour commencer

  1. Construis un riddim à 70 BPM : one drop sur kit acoustique, basse fingerstyle sur 2 mesures avec silences, skank d'orgue sur les contretemps.
  2. Ajoute un mélodica ou un cuivre en phrases courtes et quelques fragments de voix.
  3. Crée un retour Echo en mode tape, croche pointée, feedback 70 pour cent, Wobble activé, Saturator dans la boucle, passe-haut à 300 Hz.
  4. Crée un second retour avec une reverb à ressort courte pour la caisse claire et les stabs.
  5. Enregistre en une prise l'automation des envois, des mutes et d'un passe-haut sur le mix, en jouant comme sur une console.
  6. Vérifie la basse en mono sur un caisson, coupe sous 35 Hz, master à moins 12 LUFS.

À écouter en travaillant

Sources : connaissances générales · Sound On Sound (Lee Perry, Back On The Controls) · Ableton blog (Studio As An Instrument) · KVR Audio (forum dub delay) · Vintage King · Attack Magazine, The Secrets of Techno Production (chapitre dub techno)

La filiation

Vient de

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le Dub ?

Kingston, début des années 1970 : King Tubby et Lee Perry découvrent qu'une console de mixage est un instrument. Ils évident les chansons, gonflent basse et batterie, noient le reste dans l'écho : la version devient une œuvre. Le dub invente le remix, le sound system fait le reste. Sans lui, ni…

À quel tempo joue-t-on le Dub ?

Entre 60 et 90 BPM. Le dub reprend le tempo du reggae, 60 à 80 BPM en ressenti, ou 120 à 160 si tu comptes en double, avec le one drop : le kick et la caisse claire tombent ensemble sur le 3, le premier temps reste vide. Ce qui change par rapport au reggae :…

Quels sont les artistes clés du Dub ?

King Tubby, Lee Scratch Perry, Scientist, Augustus Pablo, Mad Professor.

Avec quoi produit-on du Dub ?

Console de mixage, Roland RE-201 Space Echo, Écho à bande, Réverbération à ressort, Sound system, Console MCI 4 pistes de King Tubby, Fisher SpaceXpander, Grampian Type 636 (réverbération à ressort), Ableton Echo, AudioThing Outer Space.

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